‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 185 sur 295 · CIIAP. XXII. — LUTTES INTERIEURES · texte numérisé non relu

CIIAP. XXII. — LUTTES INTERIEURES

Navarre, avec défense de le reconnaître pour roi, sous peine de mort, comme hérétiques et perturbateurs du repos public.

Cet arrêt a été arraché des registres. Etait-ce bien le Parlement qui le rendit et n'est-ce pas, avec raison, qu'il a été déchiré et jeté au vent? Le père Lombard Taffirme et dit: c C'est à l'histoire d'avertir que de

< pareils actes, que la Ligue prenait comme émanés du

< Parlement, étaient l'ouvrage d'un certain nombre de « ses magistrats, dont le fanatisme avait mis en fuite « ses magistrats les plus fidèles et imposé silence aux c plus modérés » •

Le Parlement de Carcassonne se hâtait, à sa deuxième audience, de reconnaître le roi de Navarre pour légitime successeur du roi de France. Pendant ces luttes intérieures, le Béarnais montait à cheval pour aller battre la Ligue sous le château d'Arqués, le sourire à ses lèvres gasconnes, Técharpe de Corisandre sur Tarmure, et chantant, à la tranchée, le chant des victoires huguenotes.

Ces arrêts des deux Parlements de Toulouse et de Carcassonne creusaient des divisions plus profondes entre les villes de la province et les excitaient à la guerre. Les habitants de Rodez qui accusaient hautement leur évêque de les trahir et de vouloir les livrer à son frère le seigneur de Corneillan, l'enfermèrent dans une prison et en appelèrent à l'autorité du Parlement. Le conseiller de Filières se rendit à Rodez et s'entendit avec les gentilshommes, pour mettre l'évoque en liberté. Une fois libre, Tévêque, ce François de Corneillan autrefois ligueur à outrance, que Henri III voulait faire arrêter

pour ses harangues incendiaires aux états de Blois, se garda bien d* exécuter les conditions du traité qui Tobligeait à se démettre desonévéché; il resta évêque de Rodez. La Ligue a d'ardents foyers dans l'Albigeois, le Lauraguais, le Rouergue, le Velay, les sénéchaussées de Pamiers et de Carcassonne. Tout le Haut-Languedoc est à la Ligue : seul le Bas-Languedoc embrasse la cause de Henri IV. La guerre civile désolait et épuisait la province. Les maréchaux de Montmorency et de Joyeuse signèrent une trêve, la province respira ; mais toute une tempête éclata sur Toulouse.

Le premier article de la trêve portant que Montmorency était reconnu gouverneur du Languedoc, sous l'autorité du roi, sans désignation de ce roi, Toulouse y vit une manœuvre mystérieuse et se crut trahie et vendue à Montmorency qu'elle détestait. Le peuple murmurait et disait que la trahison allait se dénouer par le mariage d'une fille de Montmorency avec le jeune duc de Joyeuse. L'évêque de Comminges, Urbain de Saint- Gelais, souffla le feu sur ces accusations, et, à un signe de sa main, les prédicateurs, les docteurs, les casuistes, condamnèrent la trêve, comme contraire aux articles de rUnion qui prescrivait de ne jamais reconnaître le duc de Montmorency pour gouverneur et de ne point signer d'armistice avec les hérétiques. Ces sermonnaires de Toulouse valaient bien ceux de Paris : l'ami de l'évêque de Comminges, le Roquet, et le provincial des minimes^ le père Richard, avaient autant de fougue et d'audace que Jean Boucher, curé de Saint-Benoît, ou lepetit feuillant. N'est-ce pas le père Richard qui s'écriait en chaire : € C'est Ja volonté de Dieu qui fait les rois et c'est la

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