CHAP. XXII. — HÉSITATION DU PARLEMENT
son ; ils en firent le serment solennel, avec les deux députés du Parlement Vignols et de Bertier, dans l'église des cordeliers et imposèrent ce serment à la noblesse et au clergé, à la bourgeoisie et aux artisans de la province. Cest ainsi qu'ils liaient à leur parti les mains et les consciences. Les Etats de Lavaur et le Parlement apprirent, tout à coup, la mort du cardinal de Bourbon : la confusion régna, plus que jamais, au Parlement qui flottait entre la Ligue et le roi de Navarre ; la Cour fit comme si le trône était vacant, et sans le désigner par son nom, elle ne conserva le mot de roi, dans la formule de ses arrêts, que pour sauver la fameuse maxime qu'en France, le roi ne peut mourir.
Le président Bertrandi, attaché au Béarnais, essaya de rallier à son parti les parlementaires que leur fidélité à Henri III avait contraints de s'exiler. II les rappela de l'exil, mais ses tentatives de réconciliation et d'apaisement échouèrent devant l'opiniâtreté des ligueurs de Paris et de Toulouse. L'armée du roi de Navarre se débandait de jour en jour, et ses finances s'épuisaient. Les Parlements tenaient encore pour la Ligue, et Paris donnait la main à la province dans cette guerre. Son prévôt des marchands et ses échevins, pour attiser la Ligue de Toulouse, lui promirent de lui donner, tous les ans, un subside de i5,ooo livres. Les Parisiens promettaient plus qu'ils ne pouvaient tenir : à la place de ce subside qui ne fut jamais payé, le conseil de l'Union dépêcha à Toulouse l'archevêque d'Aix, Génébrard,. personnage savant et insinuant, ligueur obstiné et porteur d'un bref du pape aux capitouls. Deux envoyés du duc de Mayenne, Hennequin président au grand Conseil
et maître des requêtes, le plus intraitable ligueur du royaume, et le seigneur de Montberaud le suivirent de près. Les portes du Palais de Justice s'ouvrirent pour ies recevoir et les admettre aux audiences du Parlement. L'archevêque Génébrard et les envoyés de Mayenne n'empêchèrent pas la Ligue de s'affaiblir à Toulouse. Ce n'était pas sans émotion et sans inquiétude, que la noblesse, le clergé et la bourgeoisie voyaient le peuple s'habituer au mépris des lois» sous prétexte de zèle pour la religion, et les biens et la vie des citoyens tomber à la merci des fanatiques, qui apercevaient partout des hérétiques ou des royalistes. Le Parlement ne fut pas à l'abri de ces soupçons et de ces accusations : il n'échappa qu'avec peine à une terrible conspiration ourdie contre lui.
Le plan était d'égorger un grand nombre de parlementaires et de capitouls, de massacrer les chefs de sept ou huit cents maisons les plus riches et les plus honorées, S'emprisonner leurs femmes et leurs filles et de partager leurs biens. Les mesures étaient prises, le jour et l'heure arrêtés : la conspiration devait éclater le matin du vendredi, 7 du mois de septembre 1690, au cri de : vive Toulouse I Des poignées de pillards entrés dans le complot marchaient déjà vers le quartier général des conjurés, l'île de Tounis, refuge ordinaire des bandits, habitée alors par la lie du peuple et voisine de la rue des Couteliers, où vivaient, en bravant l'autorité des capitouls, les anarchistes et les meurtriers.
L'âme de cette conspiration était Etienne Tournier, avocat et ancien capitoul, mêlé à tous les désordres de la Ligue. Les mémoires de ce temps en parlent comme