CH. XXII. — CONSPIRATION CONTRE LE PARLEMENT
d*un homme aigri par la gêne, ambitieux et tumultueux, prêt à toutes les audaces pour arriver à la fortune. Il fut, un moment, le personnage important de la ville, et à force de menées et d'intrigues, il allait en devenir le fléau. Un rôle de tribim tentait ce cœur corrompu ; mais il manquait des lumières supérieures de la science et de la politique et il ne dépassa pas la mesure des aventuriers. Dans ce complot, il eut pour lieutenants deux autres avocats, Lézat et Tabouet, le bourgeois Vincent, plus connu sous le surnom de Capelié et douze artisans, banqueroutiers et flétris par la justice.
De sourdes rumeurs donnèrent Téveil au Parlement à qui la conjuration fut bientôt dénoncée par un des complices, le marchand de boutons, Gali, ami du conseiller Bernard d'Assezat. Le temps pressait : c'était le lendemain que les conjurés devaient poignarder tous les parlementaires aux avenues du Palais. Le jour allait finir : d*Assezat courut à Thôtel du président Bertrandi où se trouvait Tavocat général de Caumels, sage au conseil autant qu^intrépide dans l'action. Les capitouls arrivés en hâte résolurent de placer, sur divers points de la ville, des corps de garde, de renforcer les patrouilles et d'arrêter, au passage, les bandits et les pillards, marchant à rangs serrés vers lés portes du Palais et le faubourg Saint-Cyprien.
Le lendemain, au lever du jour, le Parlement s'assembla et fit arrêter Gali, pour lui arracher les noms de tous les conjurés. Tournier, plus téméraire devant le danger, redoubla d'insolence et ne songea qu'à braver le Parlement. Il s'enferma dans l'île de Tounis d'où il faisait trembler la ville : du haut d'une fenêtre, l'œil en feu
et un poignard à la main, il parla ainsi aux conjurés, selon ce qu'en ont dil Lafaille et le père Lombard :
€ Si nous tardons à ôter le masque, les derniers sup- « plices seront notre partage. Nous voilà réduits à une € situation où le parti le plus glorieux que nous ayons à € prendre est de mourir les armes à la main, et de
< préférer la condition de succomber en braves gens, à
< celle d*aller honteusement au-devant des feux de la € justice. Ce parti que je vous propose n'est point la res- € source d'un aveugle désespoir, c'est le plus sûr; il € n'est pas dépourvu de l'espérance de réussir. Nos en-
< nemis se rassurent sur le découragement qu'ils nous « supposent ; une attaque imprévue nous donnera sur € eux tous les avantages d'une surprise... Profitons des « moments précieux pour le courage et inutiles pour la € lâcheté, à moins que nous n'aimions mieux attendre « que les suppôts de la justice viennent nous garrotter € et le bourreau se présenter, pour nous conduire à l'é-
< chafaud, »
Le lendemain, Tournier averti par deux espions que deux conseillers du Parlement, MM. de Rességuier et de Papus, assistaient aux vêpres de l'église des cordeliers du Salin, non loin de l'île de Tounis, se mit à la tète de deux cents bandits, enleva les deux parlementaires et les amena à Tounis en criant : € Aux armes 1 Vive l'église î > A la nouvelle de cet enlèvement de deux magistrats, que Tournier regardait comme des otages et entendait échanger avec ses complices emprisonnés par le Parlement, les capitouls et les troupes à leur solde se mirent en mouvement. Le président Bertrandi et l'avocat général de Caumels haranguèrent le