‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 190 sur 295 · CHAP. XXII. — DÉROUTE DES CONJURÉS · texte numérisé non relu

CHAP. XXII. — DÉROUTE DES CONJURÉS

peuple, et, en quelques instants, les places et les rues se remplirent de citoyens armés, s'avançant vers le Palais de Justice, à la défense du Parlement. On commença par mettre un corps de troupes dans le Palais et dans le moulin du château, afin de bloquer, du côté du levant, l'île de Tounis ; on marcha ensuite au-dev8mt des séditieux.

Le président Bertrandi sentit alors son cœur se troubler d'un sentiment de pitié et d'effroi : il s'arrêta à la vue du sang et au bruit des arquebuses. Le président Odet de Saint-Jean et Tabbé de Chalabre, neveu par les femmes du maréchal de Joyeuse, se portèrent, avec un renfort de trois cents hommes, à la tôte du pont qui reliait la Dalbade à Tîle de Tounis. Ils se heurtèrent aux plus intrépides conjurés soutenus par Tournier. Le président de Paulo, plus belliqueux que Bertrandi, armé de toutes pièces, commanda le feu : une grêle de balles tomba sur les soldats des parlementaires, mais une volée de leurs canons renversa la barricade, et les conjurés en déroute passèrent la Garonne sur des bateaux et à la nage. Tournier, désespéré et s'arrachant les cheveux, montrait, en s'enf ayant, le poing à la ville de Toulouse qu'il ne devait plus revoir. Au retour de la paix, il s'efforcera de reprendre au Parlement sa robe d'avocat ; mais le Parlement rejettera ses instances avec mépris. Abandonné de ses complices, il ira se réfugier dans le duché d' Al bret, à Nérac, où les protestants lui donneront un asile qu'il ne tardera pas à quitter pour aller mourir à Agen, le front foudroyé, mais non abattu, et maudissant la mort qui l'empêchait de poursuivre ses rêves d'ambition et de vengeance.

Dans rtle de Tounis, le peuple effrayé mit bas les armes et alla à Téglise de la Dalbade implorer le pardon, à genoux, aux pieds des parlementaires qui rendaient grâces à Dieu de leur victoire. Les conseillers de Rességuier et de Papus furent mis en liberté ; mais le Parlement craignait des séditions nouvelles. L*évéque de Comminge^ le menaçait de loin et pouvait se joindre à Tournier et à ses complices pour ranimer cette conjuration à peine étouffée. Le président Bertrandi fit publier, dans les rues de la ville, de la part du roi et de la Cour, un arrêté portant que tous citoyens, de toute condition et de toute qualité, auraient à s^armer, au premier ordre des capitouls, à se rendre aux postes qui leur seraient assignés, à peine de la hart. Cet arrêté défendait aussi aux Toulousains, sous peine d*être pendus, de s'attrouper en public, de s'assembler dans les maisons, de blâmer le Parlement, de parler et d'écrire en faveur du roi de Navarre, du duc de Montmorency, du maréchal de Matignon, gouverneur de Guyenne et de les assister de vivres ou d'argent. Par ces injonctions sévères, le Parlement voulait ménager les ressentiments du peuple, égaré par la Ligue, en confondant les politiques et les royalistes dans une commune réprobation d'hérésie.

Déjà, à ces époques agitées, le vent était aux pamphlets, aux brochures, aux satires et aux nouvelles à la main. Un chroniqueur les compare aux feuilles des arbres chassées par le vent ; l'esprit souffle où il veut : on écrivait sur tout, sur l'Etat, sur la guerre, sur le Parlement et sur les disputes religieuses. C'était, a dit le père Lombard, le métier de trop de gens. Ces pam-

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