‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 195 sur 295 · CHAP. XXIII. — RANÇON DU PRÉSIDENT LA BOURGADE · texte numérisé non relu

CHAP. XXIII. — RANÇON DU PRÉSIDENT LA BOURGADE

mage de Carcassonne. En composant le Parlement de Carcassonne, Montmorency avait méconnu cet homme savant et puissant qui allait être un dangereux ennemi. Le juge-mage appela le duc de Joyeuse déjà maître de la cité et lui ouvrit, en i5gi, les portes de la ville.

Le grand prieur de Joyeuse laissa les membres de ce Parlement libres de choisir le lieu de leur retraite : il ne retint prisonniers que le président de la Bourgade et Tavocat général de Gibbron ; il ne pardonna pas à Gibbron ses furieuses déclamations contre la maison de Joyeuse, et le fit pendre, en place publique. Avant d'envoyer au gibet le président de la Bourgade, transfuge à la fois du parti de Joyeuse et du Parlement de Toulouse, il en refera aux parlementaires toulousains. Le président Bertrandi lui répondit qu'un membre du Parlement ne pouvait être jugé que par le Parlement, que de pareilles rigueurs envers les royalistes ne serviraient qu*à envenimer les passions politiques et qu'à porter une grave atteinte à Tautorité souveraine de la justice. Grâce à cette généreuse réponse du président Bertrandi, la Bourgade échappa au supplice et ne paya, pour prix de sa vie, qu'une rançon de 10,000 livres, selon Lafaille, et de 3o,ooo livres, selon les mémoires de ce temps .

Quand il fallut payer, la Bourgade se vit dans la détresse; ses biens étaient confisqués et vendus. Il adressa à Joyeuse une requête où il exprimait son désespoir de ne pouvoir sortir de prison. Joyeuse lui rendit noblement la liberté et la fortune. Une touchante et tendre consolation avait adouci, durant treize mois,

les tristesses du prisonnier: sa belle-fille, Alix, de la maison des Begou, après avoir vendu ses bijoux pour hâter l'heure de la délivrance, s'était enfermée avec lui, dans les murs de la prison. La Bourgade se réfugia à Béziers où le roi de Navarre lui écrivit une lettre d'une bonté charmante. Les États du Bas-Languedoc ne tardèrent pas à lui donner la charge de président au Parlement de Toulouse, vacante par la mort du président Maynial ; il allait exercer cette charge à un autre Parlement, établi à Béziers par Montmorency ; quelques parlementaires toulousains allèrent bientôt l'y rejoindre.

La prise de Carcassonne et sa réunion à la Ligue enivrèrent Joyeuse qui reçut, à son entrée à Toulouse, les honneurs du triomphe. Des feux de joie s'allumèrent sur les places et au haut des collines ; on chanta un Te Deum à la cathédrale, en présence du Parlement et les poètes rimèrent de mauvais vers sur ce retour victorieux. En descendant de cheval, Joyeuse remit au Parlement les sceaux de la Cour de Carcassonne qui furent brisés, fondus et transformés, le lendemain, en deux burettes d'argent destinées à la chapelle du Palais.

La Ligue reprenait une énergie nouvelle : une poignée de pillards partis des montagnes du Comminges et qui s'appelait la Ligue Campanelle se montra dans les rues de Toulouse, en poussant des cris de mort et d'incendie. Ce n'était là qu'une troupe grossière et que l'écume des ligueurs ; une force plus redoutable franchissait les Pyrénées : le duc de Parme entrait en France avec une armée espagnole, accourant au secours de la

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