‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 20 sur 295 · CHAP. 1". — LETTRES PATENTES DU DAUPHIN · texte numérisé non relu

CHAP. 1". — LETTRES PATENTES DU DAUPHIN

patentes du 20 mars 1420 qui érigèrent le Parlement de Toulouse en Cour souveraine composée d'un prélat, de onze notables personnages des pays de la langue d'oil et de la langue d'oc, tant clercs que lais, et de deux greffiers. Les lettres patentes ne font pas mention des gens du roi. Ces parlementaires pouvaient juger au nombre de sept et prononcer définitivement sur toutes sortes de procès.

Le dauphin nomma Dominique de Florence, archevêque de Toulouse, président du Parlement ; Antoine Ardoin, Pierre de Roaix, Jean Bardin, Antoine de Montant, Bernard de Posanis et Etienne de Voisins, baron de Confoulens, formaient le groupe des conseillers lais supérieur en nombre à celui des conseillers clercs qui étaient Jacques Martin, Guillaume de Pressiac, André Danat, Pierre de la Chêne, et Aynard de Roaix, d'une souche illustre et dont le nom est restée une des places de Toulouse. Les uns venaient du pays de la langue d'oil et les autres du pays de la langue d'oc. L'évêquedeLavaur Jean Belly, sorti du Limousin entra aussi au Parlement. C'était un vif et savant esprit, docteur ès-décrets, auditeur de rote et dont la somme De ordinc judiciorum fit alors grand bruit. On ne sait pas bien s'il était conseiller ou président; mais il est certain qu'il assistait, en 1415, en qualité de représentant de la province de Toulouse, au concile de Constance où il fut un des prélats chargés de dégrader Jean Huss, et, quelques années après, au concile de Castelnaudary. Dans l'ancienne chambre capitulaire de la vieille cathédrale de Lavaur, on voit encore ses armoiries d'argent à la face de gueules, surmontées d'une étoile à huit raies d'azur, accompagnée au chef de

deux tourteaux de gueules et en pointe d'un écureuil assis tenant à la bouche une pomme de gueules.

Les audiences de ce Parlement commencèrent au mois de mai de cette môme année 1420. Un des premiers procès, rapporté par Bardin qu'il ne faut pas toujours croire sur parole, et qu'a raconté à son tour Tindolent et sceptique Lafailie, fut le procès, de Philippe Querbant, condamné à avoir la langue coupée et la tête tranchée sur un échafaud de la place Saint-Etienne, pour avoir blasphémé, dans les rues, contre Jésus-Christ et la sainte Vierge. Au moment ou Querbant blasphémait devant la foule, il ne se trouva qu'un seul homme qui ne prit pas la défense de la religion outragée. Le Parlement le renvoya à rinquisition qui lui fit expier ce crime du silence par des jeûnes au pain et à Teau, selon une ordonnance de Charles VL Ni Bardin ni Lafaille ne sont allés aux sources ; après eux, des historiens ont pensé que ce procès n'était qu'une invention rejetée par l'histoire parmi les calomnies.

L'annaliste Lafaille n'en a pas moins soutenu que ce procès de Querbant souleva des clameurs dans les écoles et dans les cloîtres. Les écoliers et les moines, aguerris aux disputes de la théologie, contestaient à l'archevêque le droit de prononcer un arrêt de mort, lui reprochaient d'avoir violé les règles canoniques et le menaçaient, dans des pamphlets d'une violence inouïe, de refuser obéissance à sa juridiction spirituelle et de le déposer de son siège. L'archevêque monta en chaire pour repousser ces attaques et lança une excommunication contre les moines et les écoliers en révolte. Le pape envoya un légat à Toulouse pour en informer; mais Dominique de

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