‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 200 sur 295 · CHAP. XXIV. — LA LIGUE AUX ÉTATS DE LAVAUR · texte numérisé non relu

CHAP. XXIV. — LA LIGUE AUX ÉTATS DE LAVAUR

OÙ la robe s'était alliée à Tépée ; on disait même qu'il descendait des comtes de Toulouse; mais Lafaille en hausse les épaules et dit en se jouant : « Il n'est € nullement de mon humeur de troubler la croyance « qu*ont les familles de ces sortes de grandeurs. Je « dirai seulement que la maison des Bertrandi, qui a € un cardinal et garde des sceaux, un évêque de Ca- € hors, des présidents à mortier et plusieurs conseillers € du Parlement, a assez de lustres, sans avoir besoin € d'aller en prendre si haut. » Ce fut surtout une âme droite et trempée aux sources du savoir, de la piété et de l'amour de la patrie. On a de lui un curieux livre latin publié après sa mort, de Jurisperitis, la vie des grands jurisconsultes romains. Il a mérité qu'on mît sur sa tombe cette belle épitaphe ; « Il était savant et « il aimait la justice. >

Le président Dufaur de Saint-Jory, ayant, autant que le président Bertrandi, Tamour de la justice et de la science, se mit à la tête du Parlement. Sur les instances des parlementaires, il avait abandonné son château et sa solitude de Saint-Jory, pour vouer sa vie austère à son pays et à son roi : Il allait rompre à jamais les derniers liens qui attachaient encore le Parlement à la Ligue. La Ligue, poussée par Joyeuse, s'était assemblée aux États de Lavaur et renouvelait, pour ranimer sa vie finissante, ses serments de fidélité à la sainte Union. Cette résolution, portée au Parlement, amena cette fine et prudente réponse du président de Saint-Jory, que la Cour, heureuse de terminer les troubles et les maux de la province, laisserait le temps aux ligueurs de ménager leurs intérêts, avant de prendre, avec le roi de

Navarre, comme roi de France, les derniers arrangements de la paix.

Mais Joyeuse appelait à lui les prédicateurs et leur ouvrait les chaires des églises. Il savait que cette stratégie avait, plus d'une fois, servi aux ligueurs pour échauffer les esprits et s'emparer violemment des événements et des consciences. Les sermonnaires de la Ligue exercèrent dans tout le royaume une sorte de dictature et n'est-ce pas une des héroïnes de l'Union, Mme de Montpensier, qui disait : « J'ai fait plus par « la bouche de mes prédicateurs, que les autres ne € font tous ensemble, avec toutes leurs pratiques, armes € et armées. > Le roi de Navarre le savait bien : il avai^ dit de son côté: « Tout mon mal me vient de la € chaire. » La chaire s'était transformée en tribune. Les sermonnaires parlaient de tout, annonçaient les nouvelles, dirigeaient les factions, entretenaient des relations avec les prétendants, les gouverneurs, l'Espagne et le saint Siège. De mystique et de contemplative, l'éloquence de la chaire devint plébéienne, mordante et familière. Par la bizarrerie de leur style, les sermons ressemblent alors aux caprices de l'art gothique ; les paroles grondent ou grimacent, s'attendrissent ou raillent, de même que les tètes des dragons et des chimères sculptés aux murs des cathédrales. On n'est plus à ces années de piété vive et d'adorables extases où, selon l'expression de Pierre de Celles, le cou de ces chrétiens portant le froc s'était replié en arrière, à force de regarder le ciel.

Il y a encore, au fond de quelques cloîtres, des pénitents abîmés dans le mysticisme, mais ces pures* et

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