‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 201 sur 295 · CHAP. XXIV. — LES SERMONNAIRES · texte numérisé non relu

CHAP. XXIV. — LES SERMONNAIRES

tendres clartés ne sont que fugitives et la marche de la société n*est plus là. Dans ce seizième siècle, qui fut un siècle d'enfantement et de fermentation, la chaire aspirait à une liberté inconnue et confuse. On était à rentrée et comme au bord de toutes choses ; la curiosité était immense et on attendait, avec des frémissements d'inquiétude, ce qui allait sortir de cette longue nuit.

Les sermonnaires de la Ligue, disputant le pavé au Parlement, dépassent en libres déclamations, leurs ancêtres du temps des Armagnacs et des Bourguignons et du grand schisme d'Occident. Ils prêchent et dogmatisent, à grand bruit, au nom de la théocratie et de la démocratie et ne reculent pas devant les exhortations au € tyrapnicide >. Tout était bon à ces prêcheurs pour haranguer la foule, les églises, les places publiques, le& bornes des carrefours, les tertres en plein air et dans les champs et sur les tombes des cimetières. Ils n'ont guère aux lèvres la douceur évangélique, là science profonde et l'onction pénétrante ; mais quel souffle dans l'invective et quelle hardiesse dans la parole I Ils s'en prenaient aux rois, au pape, à la noblesse, aux évéques et au peuple lui-même, et se laissaient emporter par ce courant de passions politiques et de renaissance littéraire. Le sang du peuple coulait dans leurs veines, et leurs chaudes improvisations gardaient l'empreinte de leur humble origine, avec les colères, l'énergie et les égarements du peuple. La Ligue, disait l'Étoile, débanda tous ses arcs.

Ces deshérités de la terre, en prenant le froc, se

donnaient» tout à coup, libre carrière, frondaient, et flagellaient, avec une étonnante bravoure, les vices et les plaies de leur société. Le peuple les aimait pour cette intrépidité et Tenthousiasme de leurs croyances : leurs sermons étaient un puissant levier sur les attroupements populaires. Ce qui nous parait étrange ou naïf aujourd'hui avait alors sa flamme et son éloquence. Sous Tenflure et les barbarismes du langage et sous récorce triviale, perçait le vigoureux aiguillon et montait la sève abondante. De ces saillies et de ces véhémences jaillissaient parfois des éclairs et comme des coups de foudre. Ni les rois, ni les Parlements n*effrayaient les sermonnaires. N'est-ce pas Tun d*eux qui prétendait n'avoir d'autre ambition que de tremper ses mains dans le sang d'un président à mortier ?

A Toulouse, les prédicateurs de la Ligue tentèrent un. dernier effort pour rallumer les ardeurs populaires. Un soir, un groupe de bourgeois et de moines, le cordelier Maurel en avant, se présenta aux portes du Capitole et du Palais. Ce cordelier Maurel, batailleur à outrance, attirait et remuait les foules par ses familiarités audacieuses, sa furie de liberté, et un singulier assemblage de choses sérieuses et bouffonnes. Il esquissait, en chaire, des peintures de mœurs plus fidèles et plus saisissantes que celles des chroniqueurs et des trouvères. La place manquant aux églises, il montait, sur les bornes, au coin des rues, et la multitude de ces hommes et dé ces femmes du peuple suspendue à ses lèvres, s* exaltait, plerurait, riait et s'indignait à sa voix. Au souffle de ses anathèmes et de ses invocations, les

■■■M— JT^'J-:

Page 1