CHAP. XXIV. — LE CORDELIER MAUREL
masses entraînées marchaient derrière lui et obéissaient à un signe de sa main. On a de lui des fragments de ser* mons. Sa phrase est courte et hachée ; il prenait au vol Texpression imagée et pittoresque et les citations plaisantes à la fois et sévères, entremêlées de Thistoire profane et de la Bible, et par cet amas de citations et de métaphores empruntée à l'art et à la nature, il arrivait à composer des tableaux heurtés et prétentieux qui devaient frapper les imaginations.
Il alla, un jour, au Palais et demanda à parler devant le Parlement. Le conseiller clerc, de Caumels, vicaire général de l'archevêque, sortit pour recevoir Maurel et son cortège d'artisans et de moines, impatients de franchir le seuil gardé par le guet. Avec la fougue de sa parole, Maurel menaça le Parlement de faire fermer les églises, s'il venait à rejeter la bulle d'excommunication du pape et à reconnaître le roi de Navarre pour roi de France. Pour toute réponse, le Parlement ordonna aux capitouls de veiller à la tranquillité de la ville, enjoignit aux supérieurs des couvents de se concerter pour calmer les sermonnaires, et chargea le provincial des jésuites d'exiler, pour quelque temps, de Toulouse, le père Lagarde de la compagnie de Jésus, dont les prédications n'^étaient qu'un appel à la révolte.
Du Palais, l'attroupement s'avança vers le Capitole où le capitoul de Bertier, avocat au Parlement, parla aux cordeliers sur un ton altier qui effraya et dispersa les séditieux. On était alors à ce mois de l'année où se renouvelait l'élection du roi de la Basoche, suivie des fêtes bruyantes qui pouvaient dégénérer en émeute et rendre des forces aux ligu^rs fanatiques. Un arrêt du
Parlement rappela sévèrement la Basoche à la rigoureuse observation de ses règles, à peine d*une forte amende et de son exclusion du Palais.
La Basoche et les ligueurs firent silence devant le bourgeois Salluste et les députés du Parlement qui rêvenaient de Paris, avec le conseiller d*Etat, Aymery de Vie, envoyé par le roi pour traiter de la soumission de la ville. Salluste ayant fait, un matin du mois de décembre 1694, son rapport dans ^^ conseil de bourgeoisie, de Vie se rendit, le soir, au Capitole où les bourgeois s'étaient assemblés en petit consistoire, présenta les lettres du roi et exposa sa commission. Il dit aux bourgeois que le roi, attristé des guerres religieuses, venait d* abjurer la religion protestante et d*embrasser la religion catholique, et qu'à l'avenir ses sujets n'auraient plus d'excuse de le combattre. Il parla un peu comme le roi qui venait d'être sacré à Chartres. On aurait cru entendre le Béarnais disant à son ami de Batz, avec son accent de clémence et de bonté inépuisables : c Ceux € qui suivent tout droit leur conscience sont de ma reli- € gion, et moi je suis de celle de tous ceux qui sont bra- « ves et bons. >
Il s'est fait une légende autour de ce sacre et de cette abjuration, et on n'a pas cessé d'affirmer qu'Henri IVT aurait écrit à Gabrielle, qu'il allait faire le saut périlleux. On n'a jamais pu citer cette lettre. Ce mot à la volée et à la légère n'est pas d'ailleurs dans l'esprit de ce roi si franc et si sage qui écoutait, en profond recueillement, les enseignements du cardinal du Perron, aux conférences religieuses où il discutait, avec tant de pénétration, les graves questions de la foi. Ceux qui ont