‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 210 sur 295 · CH.XXV. — JOYEUSE AUX PORTES DE CASTELSARRASIN · texte numérisé non relu

CH.XXV. — JOYEUSE AUX PORTES DE CASTELSARRASIN

Enfermé dans Toulouse, Joyeuse s'attendait à un siège, suspendait le cours de la justice et armait tous ceux qui pouvaient porter des armes. Profitant d'un moment où le duc de Ventadour s'éloignait dans la plaine, il sortit de la ville, renforcé de l'artillerie et de deux compagnies de gendarmes, reprit Grisolles, fit pendre, aux fenêtres du château, le commandant Fénelon qui refusa de passer à la Ligue, s'empara du bourg d'Escatalens et parut, le 20 septembre iSgS, aux portes de Castelsarrasin, en envoyant aux habitants quelques volées de canon.

La chronique de Gâches a raconté que Joyeuse envoya un trompette à la ville, pour la sommer de se rendre, et que le conseiller Bertrandi, revêtu d'une cuirasse, et une pertuisane à la main, aurait, au nom du Parlement, commandé au trompette de se retirer, en le chargeant de dire à son maître, que c'était bien assez de faire piller les maisons des parlementaires à Toulouse, sans venir les inquiéter dans une cité où ils rendaient paisiblement la justice, au nom du roi légitime. Lafaille et le père Lombard ont traité cet épisode de fable et de fausse légende ; mais ce qu'ils ont tous les trois constaté, c'est que Joyeuse, en se retirant, fit écraser sous les pieds des chevaux les récoltes sur pied, incendier les fermes et détruire tout ce qui était sur son passage. Puis, afin de brider, selon l'expression des annalistes, la ville de Castelsarrasin, et barrer le chemin aux plaideurs venant de Toulouse ou des autres villes de la province, il mit bonne gaminison à Montech. Ces faits sont attestés par un arrêt, en vertu duquel les parlementaires de Castelsarrasin

SgS HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE

députèrent, d'urgence, vers le roi, Tavocat général de Caumels, afin de lui exposer leurs inquiétudes et leurs dangers.

Quelle était la raison de cette retraite soudaine de Joyeuse qui venait d'envoyer ses volées de canon aux parlementaires? La ville de Castelsarrasin lui semblât-elle imprenable, ou recula-t-il devant les embarras de la victoire ? La harangue du conseiller Bertrandi Tamenat-elle à de meilleurs sentiments envers une compagnie de qui il tenait son commandement, ou bien, ainsi que l'a cru l'historien de Thou, se vit-il forcé de retourner en arrière à la réception de mauvaises nouvelles sur l'état des esprits à Carcassonne et à Narbonne et sur les défaillances de son parti ébranlé à Toulouse ? On peut tout penser à ce sujet ; on n'a devant soi que les conjectures des historiens.

Une plus importante'nouvelle arriva de Rome : le pape Clément VII venait de lever la sentence d'excommunication qui pesait sur le roi. Aussitôt, le Parlement de Castelsarrasin envoie à Henri IV une députation composée du président Mathieu de Chalvet et des conseillers d'Hautpoul et de Saint-Pierre, pour le complimenter et lui offrir les hommages et l'obéissance de la compagnie.

Les ligueurs les'plus endurcis allaient finir leur résistance : Mayenne ne cherchait qu'à tirer Je meilleur parti d'une capitulation, et Joyeuse imitait Mayenne. Pour rendre la paix au royaume, le roi se voyait ainsi dans la dure nécessité de traiter, presque d'égal à égal, avec les capitaines rebelles et d'acheter leur soumission, à beaux deniers comptants, ou en hautes dignités de

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