CHAP. XXV. — MORT DU PRÉSIDENT LA BOURGADE OQQ
l'Etat. Sully discutait et marchandait; le roi, plus facile, lui écrivait de conclure le marché à tout prix, en l'assurant qu'il n'épargnerait rien pour réparer les brèches. Des millions passèrent aux Guise, à Mayenne et à Villars.
Les villes se détachaient, chaque jour, de la Ligue, et le roi attirait à lui celles qui tenaient encore pour Joyeuse par un édit portant amnistie du passé. Par un des articles de cet édit, il réunit la chambre de Béziers au Parlement de Castelsarrasin. Une question de rang et de reconnai^ance de certaines charges, retardant cette réunion, un nouvel édit aplanit les difficultés. Claude Maynardeau, maître des requêtes et commissaire du roi, arriva le 16 novembre à Castelsarrasin, et sa commission étant enregistrée, il se transporta à Béziers d'où il ramena les membres de cette chambre au nombre de seize. Ils se faisaient garder, sans cesse, par vingt- cinq arquebusiers au couvent des cordeliers où ils tenaient les audiences. Quelques-uns refusant d'en sortir, ils y furent contraints par la force armée. On eut les plus grandes peines à ramener les procureurs, les greffiers et les huissiers
La mort surprit alors, à Castres, le président de la chambre de FÉdit, Pierre Sabatier de la Bourgade, ancien président de la chambre de Béziers, le plus ancien magistrat du royaume, intrépide au danger et dont la vieillesse semblait avoir rajeuni l'âme. Le moment de la mort fut celui de la vraie floraison de son esprit. Il servit son roi pendant toute sa vie, ainsi que le disait cette épithaphe gravée sur sa tombe :
Sous dix rois, conseiller ou présid<;nt véquit,
A Toulouse prit femme, à Narbonne naquit,
A Carcassoflne et Béziers dressa deux Parlements,
A Castres établit la chambre mi-partie,
Les prêtres et la messe, et cherchant autre vie.
Rendit son âme à Dieu, riche de sept enfants.
Tout s'inclinait et se pacifiait sous la vaillante et généreuse main de Henri IV, les villes, le Parlement et la Ligue. 11 y eut à Verfeil une dernière et décisive conférence, entre le maître des requêtes de Rochemaure, envoyé du roi, un député du duc de Mayenne, le duc de Joyeuse, deux députés des Etats deTUnion, trois membres du Parlement ligueur, le président de Lestang et les conseillers Bertrand et Calmels, trois membres du Parlement roygiliste, le président Mathieu de Chalvet, les conseillers Sabatier et Filière et deux capitouls. L'année iSgS s'acheva au milieu de ces négociations.
En se levant sur la France, l'année iSgG apporta le fameux édit de Folembray qui étouffa la Ligue. Il interdisait Texercice de la religion protestante à Toulouse et à quatre lieues à la ronde ; il accordait amnistie plénière aux révoltes des ligue;Lirs, aux massacres des protestants et aux meurtres de Duranti et de Daffis. Tous les magistrats composant les Parlements de Toulouse et de Castelsarrasin conservaient leurs offices ; les provisions délivrées par le duc de Mayenne étaient confirmées, sauf pour la forme, leur renouvellement au nom du roi. Le Parlement de Castelsarrasin devait reprendre ses séances à Toulouse, pour ne plus constituer, avec les magistrats restés en cette ville qu'une seule et môme compagnie ; on maintenait, en principe, les arrêts rendus par les deux Parlements ; les magistrats de