‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 213 sur 295 · CHAP. XXV. — RENTRÉE A TOULOUSE · texte numérisé non relu

CHAP. XXV. — RENTRÉE A TOULOUSE

même la garnison, mise par Villars à Grenade, sous le commandement de Montpezat son frère, à évacuer la place. Ce différend pouvait ramener de nouveaux troubles. Grâce au cardinal de Joyeuse, qui revenait alors de Rome, tout rentra dans Tordre.

En regardant, de haut, ces déchirements et ces divisions du Parlement de Toulouse, on n'a pas de peine à reconnaître qu'il se distinguait, par plus d'un côté, des disputes et des collisions des autres parlements de France. Sous Henri III, à la naissance de la Ligue, au moment où se décrétèrent les translations des compagnies judiciaires, les parlements se laissèrent entraîner par le flot toujours montant de la Ligue qui menaçait de tout envahir. Certes, le Parlement de Toulouse garda sa fidélité à ses croyances religieuses et à Henri III ; mais, lorsque chassé par les ligueurs, il partit pour Castelsarrrsin, la grande majorité des parlementaires secoua le joug des ligueurs et resta royediste. Tandis que dans les autres ressorts se prolongeait le schisme judiciaire, le Parlement de Toulouse ne s'éloigna de son siège qu'un an à peine, et ses audiences ne s'écoulèrent pas en discussions brûlantes sur les questions fondamentales de notre droit public, de la succession au trône, des libertés de l'église gallicane, des devoirs et de l'indépendance de la couronne. En i5gS, ces débats étaient épuisés et ces questions résolues.

Pourtant, les services rendus au roi par le Parlement de Toulouse n'étaient ni sans autorité, ni sans importance. Sa mission ne se borna pas à juger des procès vulgaires ; il éclaira la religion du roi, pratiqua sa politique et lutta, avec une constance intrépide, contre le

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Parlement ligueur de Toulouse et la chambre souveraine de Béziers. Il mit sur pied des hommes d'armes et créa des ressources financières ; il gouverna les villes soumises, parsemées dans cette vaste province du Languedoc, affamées et dévastées, des bords de la Garonne aux bords du Rhône, de la Dordogne à la Loire et des montagnes de Foix aux Pyrénées de la Bigorre. Par sa fermeté dans les tristesses et les désordres de ce temps, il sut contenir les passions déchaînées : il n'oublia point que Tapaisement des partis était le but proposé à sa prudence et à son patriotisme et que les bases de cette pacification devaient résider dans la religion et la monarchie, garanties par les serments du prince et consacrées par les mœurs nationales et les intérêts de l'Etat. Ces royalistes mirent toujours le service du bien public au-dessus des rancunes des partis ou de la volonté royale ; ils ne se privèrent pas de leur droit d'adresser des remontrances ou de refuser l'enregistrement des édits, quand ces édits leur semblaient contraires à la fortune de la nation. A ces journées de guerres intérieures, ils ressaisirent, d'une main vaillante, leur pouvoir modérateur, ce pouvoir souverain qui a fait la force et la gloire des Cours de justice, sous l'ancienne monarchie, sans manquer de vigueur contre les rebelles. Ils ne furent pas sans influence, ainsi que l'a affirmé de Thou, sur les conclusions de la paix ; leur esprit de modération, qui contrastait avec les emportements des autres fractions rovalistes ou les fureurs de la Ligue, servit le roi, mieux que la vengeance et les représailles, en faisant aimer et bénir, dans la province, la clémence du Béarnais. C'est avec raison que le con-

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