CH.XXV. — JUGEMENT SUR LA SCISSION DU PARLEMENT
seiller Géraud de Maynard, retiré en son manoir de Saint-Céré, a pu écrire : < Si la Ligue ayant levé tête, « pieds et mains contre la Cour de Parlement, l'a forcée
< de quitter son siège et d'abandonner son Palais, elle € n'a pu toutefois la faire mouvoir de Sa Majesté, et € moins de son devoir souverain de la justice, entière et « dévote affection de notre religion et de TÉtat, dont elle € est et a toujours été protectrice et consolatrice. »
Si ce parlement de Castelsarrasin resta sage et mesuré, au milieu de tant d*exaltations et d'excitations, c'est qu'il sentait sa force et qu'il avait conscience d'être le vrai Parlement et non pas un antiparlement, selon la rude expression de La Rocheflavin. A Castelsarrasin, les vieilles traditions de liberté, d'abnégation, de dévouement au roi, à l'Etat et à la religion catholique, se conservèrent sans défaillances.
Entre le Parlement de Castelsarrasin et les autres Parlements du royaume, il y eut des ressemblances qu'on ne saurait laisser dans l'ombre. A l'imitation des autres, il cassa les arrêts du Parlement ligueur, guerre de papier sans doute, mais guerre qui mettait le feu aux arquebuses et aiguisait la pointe des hallebardes. Aucun autre, du moins, n'eut une plus loyale sincérité dans Toubli des offenses et dans son empressement à désarmer. 11 faut dire avec père Lombard : c Ne remuons € plus les cendres de la Ligue ; ses égarements furent
< communs à tous les corps et à toutes les conditions. € Bornons-nous à condamner la conduite de nos pères « sans insulter à leur mémoire Plaignons-les d'avoir « persécuté un prince qui leur fit du bien, et rappelons le « souvenir de sa clémence à la postérité. Henri IV n'ap-
6lO HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
€ pelait que du nom de malheur des temps cet amas € inconcevable de préjugés et de crimes' que la France € ne verra jamais renaître. Et c'est la prière que Thisto- € rien fait au souverain arbitre dés événements. »
Belle prière que Dieu n'a pas entendue. Notre pays, autrefois battu par tant d'orages, a traversé de furieuses tempêtes, depuis le jour où le père Lombard écrivait cette page humaine et recueillie. Dieu n'a dit son mot à personne et n'a pas déchiré le voile qui couvre nos destinées. Où sont-ils ceux qui oseraient prédire la paix in&nie et sans de nouveaux nuages à l'horizon !