‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 216 sur 295 · CHAP. XXVI. — MAGISTRATS SAVANTS · texte numérisé non relu

CHAP. XXVI. — MAGISTRATS SAVANTS

de 45,000 livres, pour Taider à retirer Amiens des mains des Espagnols, et le Parlement participe à ce don patriotique, en se réservant de fixer lui-môme la part de chacun des parlementaires. Il enregistre, sur la requête de Catherine de la Trémouille, veuve du prince de Condé, Tarrét du Parlement de Paris, qui la déclarait innocente du crime d*empoisonnement contre son mari ; il vérifie les lettres patentes du roi qui séparait du domaine de la couronne, ses anciens domaines situés dans le ressort et possédés par lui, comme roi de Navarre, vicomte de Béarn et seigneur de plusieurs terres de la Bigorre, mais en lui rappelant que les lois protestaient contre cette séparation, selon ce principe national qu'un roi, en montant sur le trône, unit son domaine, mouvant et relevant de la couronne, au domaine royal. Quelques années après, Henri IV s'en souvenait et réunissait, par un édit, son patrimoine à la couronne de France.

Les hommes savants en droit public, en droit civil et en droit canon, ne furent pas rares à cette longue période des guerres intérieures du royaume. Ceux qui ne pouvaient combattre par les armes et aller aux remparts veillaient et pâlissaient sur les décrets des conciles et les Pères de TÉglise, et luttaient contre les calvinistes érudits, toujours armés des textes des Livres Saints. Au Parlement de Toulouse, il y eut aussi des esprits ardents aux controverses. N'est-ce pas le président de Lestang qui publia un gros livre pour réfuter les doctrines de la réforme sur la transsubstantiation? Au travers de la confusion des batailles de la Ligue, le Parlement ne démentit jamais ces louanges que lui adressait, en i565, un vieux chroniqueur : € Ce second

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€ sénat du royaume est célèbre, entre tous, par la tra- « dition de science et d*intégrité de ses magistrats. »

C'est que ce Parlement n ouvrait sa porte qu'aux hommes dignes d'y entrer. Le Parlement ligueur luimême ne se laissa point attendrir par les protestations de dévouement à sa cause. Ce n'était pas tout que d'être un fougueux partisan de la Ligue ; il fallait avoir l'esprit savant et le cœur droit; on n exceptait pas des informations préalables les ûls des parlementaires. Le président aux enquêtes, Jacques de Buisson d'Anssonne, ne parle qu'avec une sorte d'effroi de l'examen qu'il eut à subir. Dans un journal écrit de sa main, il appelle cette compagnie sévère une Cour qui donne le tremblement à ceux qui l'abordent.

Ces examens, imposés à ceux qui voulaient s'asseoir sur les fleurs de lis du Parlement, remontaient à l'édit de Blois, et à d'autres édits de François P' et de Charles IX. A Paris et à Toulouse, leur rigueur semblait plus grande que dans les autres Parlements du royaume. Pardoux du Prat, commentateur de l'ordonnance de Moulins, l'a dit ainsi ; € Ces sortes d'examens doivent être € faits par les Cours de Parlement comblés de gens d'ad- € mirable savoir et exercités en pratique, et entre autres « reluisent les Parlements de Paris et de Toulouse. »

Trois jours avant la retoutable séance secrète des chambres assemblées, on donnait aux candidats un texte de loi à méditer. Le jour de l'examen venu, il jurait qu'il n'avait rien fait pour capter les suffrages : on l'interrogeait alors sur l'application du texte à divers cas pouvant s'offrir dans la pratique. Puis, on ouvrait au hasard le Corpus juris^ en trois endroits diffé-

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rents et le candidat devait répondre aux questions des présidents et des conseillers, sur des matières que le sort lui désignait. Un des membres de la Tournelle les interrogeait sur Tlnfortiat, un conseiller des enquête sur le Digeste et un autre sur le Code et les Décrétales.

La Rochefiavin, en admiration devant ces examens qu'il appelle des inquisitions, disait : c Tout ainsi, € d'après Platon, que le drap qu'on veut bien teindre en € écarlate, pour n'être facile après à déteindre, doit être € devant soigneusement lavé, relavé et préparé par le € foulon et puis teint et reteint en môme couleur ; aussi € ceux qui demandent être admis et reçus au nombre € des magistrats souverains doivent auparavant être « bien sondés et recherchés s'ils sont de bonne vie, «religion et conservation et après examinés, s'ils ont « mœurs, la doctrine à suffisance et ca pacité requise pour « dignement s'acquitter de telles et hautes charges. »

Il arriva, plus d'une fois, que le Parlement de Toulouse refusa de recevoir des candidats d'une vie dissipée ou d'une sagacité douteuse. C'est ainsi qu'il rejeta la candidature à une place de conseiller clerc, de maître Mérigot chanoine de Saint-Etienne, convaincu de malversations et de débauche, celles de Jean Fossé qui venait de renvoyer sa femme et plaidait çn divorce, de Jean de Pins, soupçonné de pratiquer l'usure, et de certains autres qui avaient exercé la profession de marchands appelés par la loi v\U% negolialores, quelques-uns trop pauvres et exposés aux corruptions etaux prévarications, des bâtards de prêtres, des étrangers venus des divers royaumes de l'Europe, les hérétiques, les sourds et les aveugles, les difformes, les infirmes de corps ou d'haleine, ceux qui

ne savaient pas gouverner leur maison et leur famille. La Rocheflavin qui rapporte ces choses a ajouté que ces examens ne produisaient pas toujours de bons fruits, bien qu'il fallût les deux tiers des sufiFrages pour être admis et que certains candidats c ayant caqueté comme « des pies, se trouvant aux prises, le lendemain, pour € opiner sur le jugement des procès demeuraient muets € comme des poissons. »

Il n'en est pas moins vrai que ces inquisitions, pour parler comme La Rocheflavin, servirent puissamment à constituer ces grands corps de magistrature que le monde a enviés à la France. La magistrature des Parlements, recrutée parmi les fils de magistrats et les jurisconsultes vieillis dans Tétude des lois ou aguerris à la pratique des affaires, ne fut jamais plus instruite, plus grave et plus respectée. Le Parlement de Toulouse se défendait, plus qu'un autre et môme plus que celui de Paris, contre les indignes et les ignorants. Nul n'assistait à ces solennelles épreuves qui duraient de trois à quatre heures, si ce n'est, à partir de la fin du dixseptième siècle, les fils de parlementaires groupés dans les lanternes, et se destinant aux fonctions de la magistrature.

On n'était pas aussi sévère au Parlement de Bordeaux où, par un hasard singulier, au rapport du journal de Cruzeau, le Digeste présenté aux candidats s'ouvrait de lui-môme à des endroits marqués et déjà connus de tous. Pour mettre fin à ces complaisances trop larges, on décréta que les volumes du Digeste ne seraient présentés aux candidats que par le dos, qu'on en prendrait de tout neufs et non marqués et feuilletés d*avance-

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