CH. XXVI. — DUFAUR DE SAINT-JORY, I*' PRÉSID2NT
A Toulouse, les choses se passaient autrement, et telle était la solennité de ces informations, que Géraud de Maynard assure qu'elles auraient troublé un « Ulpian et un Papinian ». On sait qu'elles effrayèrent Jean de Coras qui ne s'exprima que dans un langage plein d'obscurités et d'indécisions. Rien ne paraissait plus imposant que la sérénité de ces graves esprits qui n'écoutaient que la voix inflexible de la conscience, sans jamais se laisser détourner du droit chemin. Renfermés dans la pratique absolue de leurs devoirs, ils grandissaient, de jour en jour, et devenaient, par leurs services et leur science, la plus haute puissance de leur province. A ces époques de mœurs simples et de foi naïve, les fils respiraient, dans le climat du foyer, les nobles traditions de leur famille, en léguant, à leur tour, cet héritage des fortes vertus des ancêtres aux mains fidèles de leurs descendants. Il sortait parfois de ce tronc vigoureux quelque rameau prédestiné qui s'élevait au-dessus des autres, fleurissait à la cime et ombrageait la souche tout entière.
La première présidence est toujours vacante et le roi ne se presse pas de choisir le successeur de Duranti. On ne peut vraiment compter, au nombre des premiers présidents, l'ancien maître des requêtes, Pierre d'Auxerre, qui présida, un moment, le Parlement de Béziers. Henri IV cherchait à ménager les rivalités et les ambitions et à ne pas froisser les factions à peine assoupies. Parmi les trois noms des magistrats présentés par le Parlement, figurait le président de Lestang, ce président des parlementaires ligueurs restés à Toulouse, durant l'exil de Castelsarrasin, signe écla-
tant de réconciliation et d'oubli. Le roi finit par donner cette charge au président Dufàur de Saint- Jory qui en avait si noblement porté le fardeau, en lui octroyant, en outre, une pension de 4,000 livres, nécessaire à la médiocrité de sa fortune, c A l'assemblée cdes notables de Rouen, a dit Scévole de Sainte- Mar- .€ the, le président de Saint-Jory fit tellement paraître € la force de son jugement et sa rare fidélité, que le roi «l'ayant pris en amour, voire môme en admiration, «jugea qu'après tant de charges de la robe si digne- « ment soutenues, il était bien capable d'exercer la « suprême charge de premier président. »
Cet humble de cœur ne prit pas orgueil de la lettre royale lui annonçant sa promotion, « faite en pur don « et pour récompenser son mérite et ses services, autant « que pour satisfaire aux désirs et aux besoins du < public. )) La mule qui le portait au Palais resta, comme par le passé, tout son équipage. On l'installa, au mois de juillet de l'année 1697 . Le roi étendit ses largesses aux magistrats de la grand' chambre et de la Tournelle, en attachant à ces chambres, en confirmation des lettres patentes de Henri III en 1689, des pensions en harmonie avec le rang des divers parlementaires qui les composaient, 266 écus à chaque président, 33 à chaque conseiller, largesses magnifiques, si on les rapproche de la pauvreté du trésor de l'État. Le Parlement remercia le roi et le supplia de ne pas oublier, dans ses libéralités, les autres membres de la Cour. En fouillant dans le trésor, le roi ne trouva plus rien a donner.
Crillon disait alors, en riant, qu'on jetait tout à la