‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 218 sur 295 · CHAP. XXVI. — LES JÉSUITES DE TOURNON · texte numérisé non relu

CHAP. XXVI. — LES JÉSUITES DE TOURNON

Seine, la Ligue, l'argent et les jésuites. Il aurait mieux parlé, s'il avait dit des jésuites, qu'après les avoir torturés et pendus en place de Grève, en expiation de l'attentat de Jean Châtel, le Parlement de Paris les avait expulsés du royaume, par Tarrôt fameux du 27 décembre 1594. Leur société bannie se réfugia dans les provinces hospitalières de Guyenne et de Languedoc. Déjà, dans le traité pour la soumission de la ville de Toulouse, un des articles s'en remettait à la bonté du roi, de laisser les jésuites librement enseigner dans leurs collèges ; le roi avait ajourné sa décision, mais il ne les inquiéta jamais dans leur collège de Toulouse, et le Parlement les protégea ouvertement, à Rodez, contre les tentatives d'expulsion ourdies par le juge-mage Du—

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A Tournon, dans le Haut-Vivarais, au fond du ressort, toute une tempête éclata sur les débris de la société de Jésus. Le comte de Tournon aimait et protégeait le collège des jésuites, en souvenir du cardinal de Tournon qui l'avait fondé et enrichi de livres rares et de précieux manuscrits; il y attira les jésuites chassés des provinces d'au delà de la Loire ; mais un arrêt du Parlement de Paris lui enjoignit de les en expulser, dans uu délai de deux mois. Les syndics du Languedoc et du Vivarais présentèrent, au Parlement de Toulouse, une requête où ils disaient que, bien que la ville de Tournon fût du ressort de la Cour, le premier jour d'octobre, un arrêt donné en la chambre des vacations du Parlement de Paris avait usurpé sur les droits du Parlement de Toulouse. A cette requête, le Parlement dé Toulouse répondit par un arrêt rendu.

en chambres assemblées, qui faisait inhibition au comte et à tous magistrats et consuls de la ville de Tournon et du ressort de la Cour, de troubler, dans leurs études, les maîtres ou écoliers du collège, et défendait d'exécuter l'arrêt de Paris, à peine de 10,000 écus d*amende. Vers le même temps, en apprenant que les Etats du Haut-Languedoc commandaient à leurs syndics de poursuivre, au Parlement, la conservation des jésuites et de leurs collèges, le Parlement de Paris, sur les réquisitions des gens du roi, condamna le comte de Tournon, pour sa désobéissance à l'arrêt d'expulsion des jésuites, à être privé de sa charge de sénéchal d'Auvergne, le déclara incapable d*en posséder aucune autre dans le royaume et fit expresse défense à toutes personnes d'envoyer leurs enfants au collège de Tournon, en écartant d'avance, des emplois publics, tous les écoliers des jésuites.

Au Parlement de Toulouse, l'émotion fut vive de voir ainsi sa juridiction souveraine foulée aux pieds par un autre Parlement. Il répliqua, sur la requête du syndic du Languedoc et sur la réquisition du procureur général, par un arrêt du 23 septembre iSgS, ordonnant au comte de Tournon, aux magistrats, consuls et autres officiers du ressort de la Cour de ne tenir aucun compte de ce nouvel arrêt de Paris et de respecter les prêtres et les écoliers de la compagnie de Jésus, dans l'exercice de leurs fonctions et la jouissance de leurs biens, à peine de 1,000 écus d'amende et de la suspension de leurs offices. Ces luttes de Parlement à Parlement tourmentaient le roi qui songea, même, à faire casser ces arrêts de Toulouse et à envoyer des lettres de jussion

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aux deux Parlements de Toulouse et de Bordeaux, pour y voir enregistrer l'arrêt de bannissement rendu contre la compagnie de Jésus.

Le Parlement de Toulouse écartait, d'une main ferme, tous ceux qui tentaient d'envahir sa juridiction. André de Nesmond, président au Parlement de Bordeaux, exerçant, de la part du roi, une importante commission à Rodez, vit ses procédures cassées, parce qu'il n'avait point demandé le droit de territoire dans le ressort de la Cour, et le roi en reçut, à son tour, des remontrances. Quand la Cour des aides de Montpellier empiétait parfois sur les droits du Parlement, elle n'attendait pas longtemps les arrêts qui la renfermaient dans les bornes de ses attributions.

A Castres, Tévêque Jean de Fosses souleva aussi tout un orage. Par un arrêt du mois d'août 1697, le Parlement avait ordonné que l'église cathédrale serait restituée par les calvinistes aux catholiques : pour four, nir au frais des réparations nécessitées par les marteaux des démolisseurs de la réforme et par l'entretien de deux prédicateurs, il avait assigné la somme de 1,200 écus, à prendre sur les fermiers de l'évêché. L'évêque refusa de se soumettre à cette décision ; il y eut un échange de vives paroles entre lui et l'avocat général de Caumels. Une information et un ajournement se suivirent de près : l'évéque comparut en Parlement et ne cessa de protester contre l'arrêt du mois d'août.

Le Parlement pas$a outre et les deux conseillers catholiques de la chambre de l'édit. Filières et Forest reçurent ordre de forcer les résistances de l'évéque qui se défendit avec les armes de l'église, en lançant contre

eux Texcommunication et les anathèmes. Sur les réquisitions du procureur général, un appel comme d*abus fut porté au Parlement qui enjoignit à Tévôque de révoquer l'excommunication, sous peine de 4,000 écus d'amende et de la saisie des revenus de son évêché. L'évêque envoya aux deux conseillers l'absolution de ses censures, mais refusa de fournir les 1,200 écus pour la réparation de son église. Un nouvel arrêt condamna Jean de Fosses en 2,000 livres d'amende, l'ajourna de nouveau à comparaître à la barre du Parlement, ordonna la radiation de son décret d'excommunication et fit saisir les revenus de Tévêché. Après la saisie de son mobilier, l'évéque se soumit.

Le Parlement se détourne de ces démêlés pour préparer une réforme dans les études de l'université. Les chaires de droit civil et de droit canon attiraient des maîtres d'une science éprouvée, mais la chaire de droit civil étant plus richement dotée, la chaire de droit canon se trouvait délaissée et dédaignée. L'amour de l'argent est de tous les siècles! Un arrêt du 10 janvier 1698 abolit cette inégalité des émoluments et décida que l'un et l'autre droit seraient également enseignés par les mêmes professeurs. On laissa, comme par le passé, des conseillers du Parlement monter dans les chaires de l'université, moyennant une dispense du roi et l'agrément de la compagnie.

L'année iSgS s'ouvrit au Parlement par l'arrêt qui réintégra le cardinal de Joyeuse dans la jouissance d'une partie de ses biens aliénés ou inféodés, et par divers arrêts ordonnant la refonte des monnaies, la réparation des ponts et des grands chemins, les réformations des

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