‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 224 sur 295 · CIIAP. XXVII. — MORT DU PRÉSIDENT DUFAUR · texte numérisé non relu

CIIAP. XXVII. — MORT DU PRÉSIDENT DUFAUR

temps, Jean Dufaur, chambellan et maréchal de camp aux armées du roi de Navarre qui retrouva, un jour, les Basiliques^ cette belle collection des lois romaines, traduites en grec, et livrées au monde savant par Michel Dufaur.

Toute sa vie, le président Dufaur de Saint-Jory puisa, dans la méditation des livres saints, dans les philosophes et les poètes de la Grèce et de Rome, les inspirations de son âme de chrétien et de légiste. Il avait vécu à Bourges, avecCujas, sous le même toit, travaillant et priant ensemble, rompant le même pain et étroitement unis, malgré la différence de leur âge, d'une de ces amitiés pures qui bravent les disgrâces et le temps. Cujas lui prédisait alors qu'il serait une des colonnes de la jurisprudence et on3ait qu'il lui dédia son premier ouvrage de droit.

Ces hommes du seizième siècle, au sortir des scènes sanglantes de la Ligue, se plaisaient aux études mystiques où se retrempait leur esprit lassé des émeutes et des audiences. Le premier président de Saint-Jory écrivit un ouvrage latin le Dodecamenon, où il recherchait, à travers les âges du monde, les noms divers et les mystérieux attributs de la divinité. Il semble que Fénelon s'en soit parfois inspiré, dans son Traité de l'existence et des attributs de Dieu, Mais le président de Saint-Jory, qui ne prétendait pas être théologien, demandait grâce pour cet empiétement téméraire sur le domaine sacré des Pères de l'Eglise et s'appliquait cette maxime d'Horace que l'analogie des noms lui fit prendre pour devise : Tractent fabrilia fabri, devise qui rappelait celle du chef de sa race : fortuna sibi quisque faber.

fabri, c'étaient les Dufaur. Cette devise a été gravée au bas de son portrait où il semble vivre et parler avec ses lèvres minces et plissées, ses yeux qui ont quelque chose de clair et de triste et son front creusé par les rides. En haut, on a gravé cet autre vers d'Horace, que le procureur général Arnaud Dufaur écrivit, de sa main, au-dessus du portail de sa maison, le jour de son bannissement.

Multa rcnascentur quae jam cecidere.

Pour lui, le repos n'était qu'un changement dans le travail. Aux heures de liberté, entre les audiences, il écrivit ses trois livres des Semestres, où sont rassemblées les plus ingénieuses controverses sur tous les sujets qu'embrassaient le droit naturel, le droit des gens, le droit civil, éclairées à la fois, par les textes et les commentaires, par les coutumes et les événements historiques, par les institutions des peuples, les édits des rois et les rescrits des empereurs. Il ne faut chercher, dans ce vaste ouvrage, aucun lien propre à grouper en faisceau ses parties si variées ; ce sont les observations d'un philosophe recueilli et d'un juriste épris de science divine et humaine jusqu'à la passion, travaillant en silence, comme un moine au fond d'un couvent, au jour le jour, écoutant, le cœur plein d'amertumes, les rumeurs d'une cité toujours en tumultes, et pour se fortifier, contemplant, aux clartés de son étroite fenêtre, les Evangiles ouverts sur sa table noircie d'encre et le soleil épanoui dans les cieux. En lisant ce livre où il mettait toute son âme, on croirait parfois entendre l'accent et le cri de détresse des

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