CHAP. XXVII. — LE PRÉSIDENT NICOLAS DE VERDUN
veuve du marquis de Gondi, du hang des Dunois, vient ensevelir au monastère des feuillantines de Toulouse sa jeunesse, sa beauté, les grâces de son esprit et l'illustration de sa naissance. Cest un conseiller du Parlement, Louis Dupin, qui prépare à cette douce et austère princesse sa retraite obscure, en donnant aux religieuses feuillantines, sa maison et son jardin. Jusqu'en 1789, on pria dans sa cellule, comme dans la cellule d'une sainte.
Dans Tété de 1602, le nouveau premier président, Nicolas de Verdun, prit possession de sa charge. Sur sa route, la noblesse du Bas-Languedoc le défraya et lui fit cortège ; une députation des capitouls et des bourgeois alla au-devant de lui, à deux lieues de la ville. Aux portes, quatre capitouls l'attendaient ; ils l'accompagnèrent à son hôtel, au son des hautbois et le saluèrent d'une volée de coups de canon, les premiers présidents tenant rang, en ce ressort, ainsi que Ta dit La Rocheflavin, de lieutenants généraux du roi et disposant, en cette qualité, des armes et des finances de la province. Mais le Parlement défendit à tous ses officiers de le visiter avant son installation fixée au 3 du mois de juin. Quelques parlementaires, espérant gagner sa faveur, se hâtèrent, au mépris de cette défense, de lui apporter leurs hommages ; il les blâma hautement et loua la réserve de la Cour.
Le 3 juin 1602, le président de Paulo fit donner lecture au Parlement de la lettre royale, qui lui annonçait la nomination de Nicolas de Verdun à la première présidence, et envoya aux gens du roi les lettres de provision [accordées àjcet effet par Henri IV. Les gens du
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roi ayant requis le Parlement de recevoir le nouveau premier président, à la condition par lui de jurer la profession de foi accoutumée, en le dispensant toutefois, pour l'honneur de ses hautes fonctions, de l'enquête à laquelle on soumettait les nouveaux venus, le Parlement le dispensa de cette enquête, mais lui imposa le serment de sa profession de foi catholique et de son respect des arrêts, règlements et délibérations
de la Cour. Le greffier Etienne de Malenfant se transporta aussitôt, par ordre de la Cour, à Thôtel du premier président, l'introduisit au Palais par la petite porte et sans huissiers. Dès qu'il fut entré à la chambre des Manteaux, le doyen des conseillers de Saint-Pierre et le sous-doyen d*Assézat le conduisirent à la grand'chambre où l'attendait le Parlement. Nicolas de Verdun debout et tête nue, à la barre, entendit Tarrêt prononçant sa réception; puis, étant allé s'asseoir au-dessus des maîtres des requê:es, il prêta, entre les mains du président de Paulo, le serment dont les articles lui furent lus parle greffier. Le président de Paulo, le prenant ensuite par la main, Tarnena au siège des premiers présidents où Nicolas de Verdun adressa à la Cour une harangue « pleine, dit Malenfant, de courtoisie etd*hon- < nêteté. >
Cest la première fois que paraît ce nom du greffier civil, Etienne de Malenfant, de race parlementaire, fils et petit-fils de conseillers de la grand'chambre, et qui ne crut pas déroger, en abandonnant sa charge de conseiller aux enquêtes, pour prendre la robe des greffiers* Ces sortes d'évolutions s'accomplirent plus d'une fois. « Il est vrai, disait La Rocheflavin, avec une pointe de
CHAP. XXVIl. — LE GREFFIER MALENFANT G5l
« malice, que les greffiers ont pu y être occasionnés « pour le repos et les émoluments plus grands quatre « fois, desdits greffiers, sans aucune peine, que c'es A états de conseiller. > Pendant quarante-deux ans, Etienne de Malenfant allait exercer cette charge qui devint héréditaire dans sa famille, en passant par sept générations. Il ne se borna pas à transcrire des arrêts, il fit pour le Parlement ce que Lafaille a fait pour THôtel de Ville, avec un plus grand souci de la vérité. Il a reflété, dans ses mémoires, toute la vie du Parlement, durant l'exercice de ses fonctions.
En cette année 1602, au moment où le premier président de Verdun arrivait à Toulouse, la fureur des duels assoupie depuis la fin du règne frivole de Henri II I, se réveilla parmi les écoliers de l'Université et les clercs de la Basoche. Ils se battaient sans motifs et pour le plaisir de se battre. A défaut de la guerre, cette jeunesse belliqueuse se tournait vers les duels. Par ordre du Parlement, une potence fut dressée dans la rue de la Pomme, et on y pendit tous les clercs pris avec des armes et des maillets. On condamnait les écoliers à la privation des droits de leur état et à d'autres peines. Des troupes de bandits pillaient les campagnes : le prévôt général de la province eut ordre de se tenir à portée du Parlement et de lui rendre compte, de trois mois en trois mois^ de la sûreté des routes, aussi dangereuse» que les bois. Le chef des bandits, Caravelle, déjà proscrit par un arrêt, aima mieux périr en combattant contre les archers, que de tomber aux mains vengeresses du Parlement.
Des villes protestantes du Languedoc, foyers jetant
toujours des feux sombres, des étincelles pouvaient jaillir. Le duc de Bouillon, complice de Biron que le bourreau venait de décapiter en Grève, se réfugia dans le ressort de Toulouse et demanda asile aux huguenots. Aux premiers jours de décembre 1601, il était arrivé à Castres, sans autre train qu'une escorte de quinze ou vingt chevaux, et sans autre arme que son épée, en signe de respect envers la justice : il s'était présenté hardiment devant la chambre de TEdit, pour y être jugé. L'incompétence de celte chambre ne pouvait être douteuse : le duc de Bouillon soutint le contraire, en prétendant que la vicomte de Turenne, son domicile, se trouvait dans la juridiction du Parlement de Toulouse. De tous côtés, les calvinistes affirmaient qu'aux termes de Tédit de Nantes le duc de Bouillon, protestant, ne devait être jugé que par la chambre mipartie. La dispute s'envenimait, lorsque le conseiller Jacques Dufaur, fils du premier président, arriva à Castres et signifia à la chambre de TEdit les commandements du roi, lui interdisant la connaissance de ce procès. En même temps, le roi chargeait le premier président Dufaur de Saint-Jory de surveiller le duc de Bouillon, plus à craindre dans ses révoltes que n'était le duc de Biron. Le duc n'eut d'autre ressource que de demander acte de son désir de se soumettre à la justice souveraine de la chambre de l'Edit et de son intention de ne pas vouloir troubler le repos de la province. Par son arrêt, la chambre fit droit à cette requête, en déclarant n'entendre empêcher le «suppliant de se retirer devant Sa Majesté». Epié, nuit et jour, par des agents aux gages du prennier président, il sentit que le sol tremblait sous ses pieds, et