CHAP.XXVII. — LEDUC DK VENTADOUH AU PARLEMENT
« étant composée d* officiers de grand mérite qui étaient « en telle estime partout, qu'il se disait que le roi par- < lant un jour d'elle, en présence des plus grands de la « cour, affirmait avoir, dans cette compagnie, d'aussi « habiles officiers, qu'en toute autre Cour souveraine « royaume. >
La chambre de Castres était impuissante à pacifier les âmes dans ce vaste ressort du Parlement de Toulouse. Les ressentiments entre protestants et catholiques se rallument partout et les deux partis s'arment, dans l'ombre, pour de nouveaux combats. La grand' chambre et la Tournelie délibèrent sur les moyens de calmer les imaginations alarmées et de ramener la paix dans les âmes. Elles font publier, à son de trompe, un arrêt prescrivant l'observation rigoureuse de Téditde Nantes. Le duc de Ventadour vint en aide au Parlement.
Il se rendit à Toulouse et exposa à la grand'chambre la détresse des villes frontières du Roussillon, Narbonne, Béziers et Carcassonne, menacées par l'armée espagnole de Perpignan et dépourvues d'artillerie et de munitions de guerre. Il proposait au Parlement d'assembler les États de la province, ou mesure plus rapide et plus salutaire, de l'autoriser à prendre, sur les receveurs du roi, les sommes indispensables au ravitaillement et aux fortifications des villes frontières. Le premier président le remercia de son dévouement au roi, mais il ne lui permit pas de puiser dans la caisse royale, sans un ordre du souverain. Le duc s'étant retiré, la grand'chambre arrêta qu'elle représenterait au roi la nécessité de mettre les villes frontières en état de défense. De concert avec le duc, le premier président
écrivit au roi et à son Conseil des lettres qui leur furent remises par les présidents de Paulo, Mathieu de Chalvet et le conseiller deTerlon qui se trouvaient alors à Paris, avec mission du Parlement d'obtenir la translation de la chambre de TÉdit dans une ville plus éloignée de Toulouse que la ville de Castres, bouleversée par les disputes religieuses.
Pendant ces démêlés avec la chambre de TÉdit, le Parlement et la Cour des aides se faisaient aussi la guerre et se disputaient certaines affaires qui touchaient, à la fois, au domaine placé sous la main du Parlement depuis i536, et aux subsides mis dans la juridiction de la Cour des aides. Ce fut un long et vif combat d*arréts contradictoires, qui ne finit que le jour où le Conseil du roi s*en saisit et fit la lumière dans ces questions confuses de juridiction.
A Béziers, c'est le bureau des trésoriers de France qui viole les prérogatives du Parlement. Une formalité enfreinte devient un conflit sérieux : les trésoriers ayant enregistré, avant la vérification du Parlement, un édit du roi comme dauphin du Viennois, la grand'chambre courroucée décida que le premier président écrirait aux trésoriers de Béziers et leur exprimerait la surprise de la Cour, en leur en demandant satisfaction. Un des trésoriers, mandé par le Parlement, entra le 7 mai 1602 à la grand' chambre où, assis au premier banc du côté de la chapelle, il déclara que sa compa gnie avait simplement ordonné Tenregistrement de redit royal, parce qu'une partie du domaine du dauphin se trouvait dans la juridiction de sa généralité, sans avoir prétendu blesser^les prérogatives de la Cour. Le