CHAP. XXVII. — LE BRIGANDAGE EN GASCOGNE
d*une épée se souilla en compagnie du couteau d*obscurs scélérats. Le roi écrivait au premier président de provoquer des punitions exemplaires. Le supplice des trois fils du baron d'Antraigues n*effaça pas la honte de leurs vols sur les grands chemins, et le sang de Villefort baron de Randon, décapité par le bourreau, ne put laver la souillure de Tassasçinat sacrilège du comte d*Acher tombé sous son poignard, dans réglise cathédrale du Mende, où trois autres gentilshommes furent tués sur place par les amis de Villefort.
. Au milieu de ces tristesses et de ces détresses de la province, les protestants levaient des sommes énormes destinées à secourir Genève, menacée par le duc de Savoie. Le Parlement prohibe l'exportation des monnaies si nécessaires à la solde des armées, et déjoue une conspiration ourdie par deux gentilshommes albanais pour livrer les villes de Narbonne et de Béziers aux Espa* gnols. Un terrible châtiment eflfraya les conspirateurs. Un de ces Albanais fut écartelé et le second décapité ; deux capitaines, leufs complices, furent condamnés, l'un à être rompu vif, l'autre à avoir le corps mis en pièces. Dans les villes et les campagnes, on défendit les assemblées en armes et l'entrée des bandoliers étrangers.
Si le Parlement penchait parfois vers la clémence envers les seigneurs rebelles et les paysans insurgés, rien ne Qéchissait son indignation contre les magistrats de mœurs impures et qui outrageaient la pudeur du foyer. Le conseiller aux requêtes, Pierre Bernardi, marié depuis longtemps et dénoncé à la mercuriale, comme vi-
vant en commerce criminel avec la fille d'un avocat^ mariée elle-même, fut condamné, sur les réquisitions du procureur général, à Thumiliante réparation du scandale : il comparut, debout et tête nue, devant les chambres assemblées, et entendit le premier président lui interdire à jamais, au nom de la Cour, l'entrée du Parlement^ avec injonction de se. démettre de sa charge dans le délai d*un mois. La femme adultère, enfermée à la Conciergerie, fit amende honorable, en vertu du même arrêt, dans la chapelle de la prison, en présence de deux commissaires du Parlement.
Le roi se heurta un jour contre l'inexorable impartialité du Parlement : dans un procès intéressant un haut personnage, il essaya de dicter un arrêt au Parlement de Toulouse et invita le premier président de Verdun à surseoir à l'arrêt, € jusqu'à ce qu'il eût € plus amplement reçu de ses nouvelles ». Le cœur froissé par cette royale sollicitation, le premier président communiqua la lettre d'Henri JV à la grand'chambre, avant l'heure de l'audience. Les parlementaires protestèrent contre cette atteinte portée à leur indépendance, et l'audience s'ouvrit pour entendre la continuation des plaidoiries, dans ce procès même auquel s'intéressait le roi. Avant de donner la parole à Tavocat de celui qui avait invoqué l'appui du souverain, le premier président lui adressa une sévère remontrance sur les sollicitations de sa partie, et lui annonça que la Cour, résolue à rendre la justice, selon sa conscience et sans violer le bon droit, entendait pas* ser outre aux plaidoiries et au jugement du procès, sans s'inquiéter de savoir si sa décision serait agréable ou