‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 241 sur 295 · CHAP. XXIX. — JACQUES DE PUYMISSON · texte numérisé non relu

CHAP. XXIX. — JACQUES DE PUYMISSON

ron français ou de plumes d'or: ils ne savent qu'ench&sser, dans leurs plaidoiries, des citations grecques et latines ; leur mission et leur caractère- sëlèvent, mais leur éloquence ne grandit pas. La fin du seizième siècle est pourtant une grande date de leur histoire : le barreau de Toulouse existe vraiment à cette époque; il commence à avoir sa renommée et ses traditions, on ne peut dire encore sa gloire.

Un des braves esprits de ce barreau est Jacques de Puymissgn, né en i558, célèbre par la vigueur de sa logique et la richesse de son imagination. De même que le vieux. Gautier, Marion ou Antoine Arnault, il avait suivi le courant de son siècle, en amassant les souvenirs de l'antiquité et en se complaisant aux choses pompeuses et raffinées qui étouflFaient,sous l'érudition lourd-» et stérile, les mouvements de Tàme et les qualités de l'intelligence. Quand il plaidait au Parlement, les prédicateurs ne descendaient pas de leur chaire, comme ils le faisaient pour Antoine Le Maître, mais la foule en-

combrait le Palais. C'est que l'éloquence judiciaire tenait une large place dans ce siècle. Les avocats dans une grande cité traversée par tant d'événements et de disputes étaient des chroniqueurs, autant que des orateurs: ils éveillaient la curiosité publique au récit des scandales, des violences et des mystères de leur société.

Puymisson plaida bien des procès: pour ressaisir le tour de son esprit on peut prendre ses plaidoyers au hasard. Il parlait, un jour, contre TUniversité de Toulouse, qui s'opposait à l'érection d'une chaire de chirurgie et de pharmacie. Il fallait entendre Puymisson sou-

tenir les lettres patentes du roi et la causé de son dieu Jean Queyratz, en citant Aristote, Amobe» Pline, Stra bon, Sénèque, Sidonius, Eginhart, saint Grégoire d Tours, Pausanias, Galien et Platon, et le sire de Join ville, € qui menait grand deuil, faute de chirurgien^ à 1 € croisade». II puisait même des arguments dans Mmr tial, Plutarque, Homère et Pindare. Jean Queyratz coi serva sa chaire par arrêt du 2 mai i5o5 et fut le premie qui professa publiquement la pharmacie et la chirurgi à l'Université de Toulouse.

Puymisson avait plaidé, la veille, un procès où il cen surait, avec véhémence, les archevêques et les évêque qui refusaient de nommer à une charge d*official ui jeune homme non encore revêtu des ordres sacrés Il argumentait avec des comparaisons singulières « 11 faut bien accorder que des honunes avancés ei « Age sont les meilleurs pour délibérer ou conseiller 4t mais les jeunes gens sont plus propres pour persua- « der et enseigner; aussi sont-ils plus subtils et pluî ^ aigus, de même que le soleil est plus vif sur son ma « tin, qu*il n'est pas sur son vespre ; et le laurier ver « qu'on brûle fait plus de bruit que non pas le sec

< Les poètes disent, à cette occasion, que Mercure « dieu de la biendisance, ne vieillit point et que la jeu « liesse est l'épouse d'Hercule et la sœur de Mars, l'ur ^ pour l'éloquence et Tautre pour Taudace. > Et il citail Pythias, Saint-Étienne, Isocrate, Nicéphore et les apôtres. Dans ce bois touffu, on cueille, en passant, de char mantes pensées ; « Il faut que la jeunesse s'afiermissi « avec le travail comme le fer s'endurcit et s'abat ai

< feu. Il en est de la jeunesse comme du miel, seloi

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