CHAP. XXIX. — LES AVOCATS GÉNÉRAUX
social. On y sentait palpiter une mâle éloquence, qui aurait donné à ces pages brûlantes d*émotion et de vérité l'éclat de la harangue de d'Aubray dans la Satire Ménippée ou de la harangue de du Vair au Parlement de Paris, sans Tinévitable mélange des citations de la mythologie, des poètes de la Grèce, des conciles et des Pères de FEglise. Ce fut un coup d'arquebuse dans ces sourdes rumeurs des royalistes et des ligueurs.
De son âme affligée s'échappait avec un accent enflammé ce cri patriotique : c N*ôtes-vous pas Fran- < çais I Ceux contre qui vous êtes ligués ne le sont-ils « plus aussi ! Si, lorsque la tempête vient, les mariniers « se combattent l'un l'autre, sans qu'aucun d'eux gou- « verne le timon et abatte les voiles, qui garantira le € vaisseau du naufrage? Tournez donc le fil de vos € armes contre vos ennemis communs qui se liguent € pour vous opprimer. Vous faites de la France, notre « commune mère, comme le fils ingrat qui, pour la « haine de son frère, coupe la' gorge et met à mort son € propre père. Si vous pensez combattre pour le ciel, € laissez du moins votre terre en repos. >
Je me suis attardé à ces premières années de Pierre de Beloi, pour mieux mettre sous le rayon sa grave et belle figure. Voici la chambre des enquêtes ou la grand'chambre ; l'audience est ouverte et les avocats plaident. Pierre de Beloi va se lever à son banc des avocats généraux, et parler dans un procès sur le droit de régale. Le syndic du chapitre de Sainte-Cécile d'Albi sollicite, de la Cour, le maintien de l'exercice de la juridiction temporelle de la ville et des autres droits de Tévêque, durant la vacance de Tévéché. Là, de Beloi est en plein
courant historique, et jamais on n'apporta, au Parlement de Toulouse, une science plus approfondie et une plus grande variété de connaissances en histoire, en politique et en théologie. Ce discours dura deux audiences.
Un autre jour, toutes les chambres sont assemblées en robes rouges, et T avocat général de Caumels fulmine, contre les avocats une rude mercuriale, sur leur licence à porter des habits c indécents à leur qualité et « profession >. La Cour leur enjoignit aussitôt de ne plus porter ni chapeaux ni manteaux à la mode, d*ôtre toujours au Palais en bonnets carrés et robes longues, et en ville, en robes longues ou habits noirs, à peine de 100 livres d'amende, de la confiscation des habits et delà radiation de leurs noms au tableau de l'ordre.
Cet arrêt prononcé, de Beloi requit à son tour le Parlement de l'entendre, en ses représentations sur la décence des vêtements des avocats et des procureurs. Il leur reprocha durement d'oublier leurs serments à ce sujet, et les compara, non à la terre qui boit la pluie et nourrit le grain jeté sur elle et béni de Dieu, mais au sol ingrat qui ne produit que ronces et broussailles, étant réprouvé et maudit. Puis, il racontait ainsi les désordres de la jeunesse du barreau:
< Nous ne voyons et n'entendons, en cette cité ou € ailleurs, autre chose que la jeunesse de l'ordre des « avocats, tant indécemment habillée, méprisant et « foulant aux pieds les marques de sa profession, « vêtue de manteaux et d'habits de couleur, couverte € aux sièges de justice et ailleurs de chapeaux, même
< quelques-uns d'entre eux faisant de ce Palais un ca-
< baret public et ordinaire, avec tant d'insolence, quMls