‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 245 sur 295 · CHAP. XXIV. — LES AVOCATS GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

CHAP. XXIV. — LES AVOCATS GÉNÉRAUX

< s'ébattent après, en entrant, en des rixes et querelles

< et n'ont point de honte de se présenter en cette pos- « ture, à l'instant môme qu'on vient de les corriger et « les exhorter d'amender leur dépravation. >

Il parlait ensuite des robes de diverses couleurs portées par les Romains, selon leur âge et leur race, de la gravité des avocats de Rome où nul ne plaidait sans avoir la robe, et il citait Pline, Sénèque, Cicéron, Ovide, Properce, Tacite et Quintilien, en rappelant au barreau toulousain qu'il habitait une ville surnommée iogaia et docia, renouant, de génération en génération, ses belles traditions de savoir et d'éloquence. Il terminait, en adjurant la Cour d'inventer des peines plus sévères contre ceux qui la scandaliseraient par leur mépris des ordonnances.

Dans un de ces procès de duels qui revenaient souvent au Parlement, il cherchait l'origine de ces luttes, à la création du monde, où toutes choses contraires furent pétries de la main de Dieu : les corps célestes si brillants et si ennemis les uns des autres en leurs rotations, les saisons si opposées et les éléments se combattant entre eux.

11 s'écriait : c Mais de voir l'homme créé de môme

< matière, de môme nature et presque de qualités pa-

< reilles, discipliné sous mômes lois, servant un môme

< Dieu et im môme prince, c'est pitié. Ne sommes-nous

< pas des chrétiens se glorifiant d'oublier les injures? € Et on se coupe la gorge comme si la raison était à la

< pointe des couteaux! > Puis, il blâmait Homère d'avoir loué Hector de s'ôtre battu en combat singulier contre Achille, Ajax et Ulysse; il s'en prenait à Virgile

d'avoir chanté Énée se battant contre Turnus, et célébré, de trop de louanges, les querelleurs et les batailleurs de YÉnéide. Il rentrait bientôt dans les idées générales de morale et de philosophie, où il rencontrait les vues les plus hautes et un vif accent de raison et d'émotion.

Pendant qu'il était a\rocat général, il publia ses Mémoires sur la généalogie des maisons de Béarn, de Foix et d^Armagnac. L'éloquence politique se confondait alors avec l'éloquence judiciaire, et les avocats généraux étaient, en ce temps-là, ce qu'on appellerait, de nos jours, les orateurs du gouvernement. Le duc de Joyeuse qui redoutait les attaques de Pierre de Beloi, supplia le roi de le mettre en disgrâce ; Henri IV s'y refusa. Il comptait sur la fermeté et la droiture de ce vaillant pubiiciste, qui formulait ses opinions avec tant de franchise et de bravoure, dans ses écrits ou à l'audience, comme s'il passait au travers du feu de l'ennemi.

Tout en se rattachant par un lien étroit à ses contemporains et à ses devanciers, Pierre de Beloi est, à sa manière, un novateur. Bien que sa parole soit encore empreinte des naïvetés de son siècle, elle cherche à briser le vieux moule, et à puiser, aux sources de l'esprit français, les libres évolutions, le tour vif et hardi et les inspirations de la morale, dont la séduction est si grande sur les lèvres de ces hommes du seizième siècle. S'il n'a pas toujours le goût sobre et pur, et si ses phrases se traînent dans des constructions vieillies, on sent bien des fois, en lui, le vol et l'essor. Il sait exposer et discuter le droit en critique, en savant et en philosophe, sans se renfermer toujours dans une question de textes. Il

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