‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 246 sur 295 · CHAP. XXIX. — LES AVOCATS GENERAUX 7OI · texte numérisé non relu

CHAP. XXIX. — LES AVOCATS GENERAUX 7OI

imite, sans copier ou citer servilement. S'il le faut, ses harangues seront des traités de politique et d'histoire, et on retrouve l'écrivain de parti dans les discours prononcés devant le Parlement.

Dans ce talent de parole, il y a des élévations inconnues, avant lui, au Parlement de Toulouse. Il domine les autres, et il est de ceux qui agrandissent le domaine de l'éloquence judiciaire. A son éloquence solennelle, à la fois reposée et ayant déjà la mesure et l'éclat tempéré, on dirait presque une voix qni annonce l'éloquence de d'Aguesseau. Sous l'effort ambitieux du style et la recherche laborieuse de l'art oratoire, on entrevoit les clartés et les élans de cette grave et féconde intelligence, nourrie aux études sévères et pressentant les destinées nouvelles de l'éloquence du Palais. Pierre de Beloi frayait ainsi la voie à ceux qui allaient paraître à sa suite d'un pas plus sûr. Il était à Toulouse ce quePatru a été au Parlement de Paris. Il n'en est pas beaucoup qui aient eu, plus que lui, l'argumentation nerveuse et la pointe incisive, et ses défauts s'effacent devant sa discussion puissante et sa chaude imagination. Par le sang et la trempe de son esprit, s'il appartient aux orateurs de l'époque où il vivait, il n'en est pas moins une heureuse transition entre cet âge et le dix-septième siècle dont l'aurore se lève. S*il eût vécu quelques années plus tard, il aurait marqué sa place à côté de du Vair et d'Omer Talon.

Trois siècles auront bientôt passé sur sa tombe, et l'oubli n'a pas attendu de si longues années pour couvrir ce nom vanté par nos pères. En son temps, on saluait, comme un coup de fortune, la publication de ses

écrits, qui se suivaient, comme les anneaux d'une chaîne d'airain. Toutes ces choses passagères, nées des secousses publiques, ne devaient avoir que la durée rapide d'une saison. De cette vie si pleine, où il y eut à la fois tant d'unité et de modération, de ces travaux si soutenus, il reste à peine le souvenir. Telle est la trace que laissent souvent sur la terre le talent et la vertu. C'est la loi de Thumanité, que les hommes s'agitent et se succèdent et que leurs noms pâlissent et se mêlent, dans une commune poussière, au sable balayé par la civilisation, toujours en marche, et qui ne regarde en arrière que pour montrer un sourire mélancolique et souvent railleur et une indifférente sérénité.

On a peint Pierre de Beloi, en robe rouge, le visage blême, les yeux levés vers le ciel et la main droite sur le cœur, comme s'il invoquait Dieu, pour que sa parole éclairât les consciences des parlementaires. Maynard ne se trompait pas en disant qu'on aurait cru voir un évéque ou un saint.

L'avocat général Pierre de Caumels est une figure moins énergique et moins brillante. Sa parole fut loin d'avoir le souffle, Télan et la souplesse de celle de Pierre de Beloi. Il y a en elle plus de rudesse et de limon. On Ta déjà vu, dans le cours de cette histoire, se lever de son siège et requérir contre les prêtres qui négligeaient ou refusaient de réciter, dans la célébration de la messe, la prière pour le roi. Là où il se livrait tout entier et se répandait à pleins bords, c'était dans les affaires criminelles contre les blasphémateurs réservés aux peines du bannissement, de l'immersion dans la Garonne ou de la langue percée d'un fer rouge. Dans sa discussion ner-

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