CH. XXIX. — ÉLOQUENCE JUDICIAIRE SOUS HENRI ÏV
€ fin, par un dégât incroyable, rend le plus souvent vaine
< Tespérance du laboureur. »
Je ne cite pas davantage : c'est le style du roman de la Rose. Ce brouillard est remblème de la guerre civile que va dissiper le soleil, image radieuse du roi, de ce roi, c'est Fabry qui parle, c dont le royaume « œillade les fleurs de lys et dont le blason doré est le
< symbole des joies françaises. » Il disait aussi : c Tout
< s*incline sous une royauté, les abeilles, les oiseaux, € les reptiles ». Ce dénombrement se poursuit ainsi et s'étend à toutes les choses de la création.
Un des plus curieux procès de la chambre de TÉdit amena, pour un vol de fleurs dans un jardin de Castres, une ingénieuse dissertation sur les fleurs des quatre saisons de Tannée. Toute la flore du Languedoc s*épanouit dans les conclusions de Fabry qui relève les odeurs et les vertus des plantes et des arbres, de Thysope au cèdre et des lys des champs aux fleurs d'or et d'argent des Jeux Floraux, et aux chapeaux de fleurs de la baillée des roses. On dirait le chant printanier d'un trouvère, égaré au Palais, et laissant couler sa poésie à fleur d'âme.
En regardant, de haut, toutes ces conclusions, ces remontrances ou ces harangues, on n'y découvre rien de net, de puissant, et qui porte l'empreinte d'un esprit large et fécond. Il n'y a aucune parole fièrement jetée : c'est une perpétuelle confusion de mots et d'idées, et un langage outré qui fait songer à la décadence de l'hôte^ de Rambouillet.
A la chambre de l'Edit, le soin de prononcer des remontrances ou des discours ne revenait pas seule-
ment aux gcas du roi ; ce droit appartenait aussi aux présidents. On a sauvé du naufrage de tant de ha* rangues celles du président Philippe Canaye, seigneur de Fresne, csdviniste fameux, conseiller d^État sous Henri III, et plus tard ambassadeur de Henri IV en Allemagne, en Angleterre et à Venise. Il assista, en 1600, à la fameuse conférence de Fontainebleau, entre Du* plessis-Mornaj pour les calvinistes et du Perron, évoque d*Evreux, pour les catholiques. Ebranlé dans ses croyances par du Perron, il abjura le protestantisme, à la grande joie du pape Clément VIII, mais il échoua dans les régions de la politique, tandis qu'à la chambre de TÉdit^on le regarda toujours comme un éloquent magistrat.
Il n*avait pas encore abjuré aux années où il siégeait à la chambre de TEdit. Une de ses plus belles remontrances est du lendemain de la Saint-Martin de i5g5; mais il ne faudrait pas trop prendre à la lettre les louanges de Tavocat de Montauban, Saturnin Bonencontre, qui a publié les discours de Canaje, en affirmant dans un épitre aux avocats que ces œuvres étaient un merveilleux mélange de doctrine, de style et de sagesse. Certes, on ne peut contester à Philippe Canaye la sagesse et la science, mais le style est dur et n*a ni le nombre, ni l'harmonie, ni la souplesse. Il est de cette école que nous appelons de nos jours, Técole réaliste ; il emprunte au peuple ses métaphores, ses locutions et ses tours de phrase ; il a le sentiment hardi de la réalité et une vigueur d'expressions parfois triviale qui donne de l'énergie à sa pensée.
Cette remontrance de iSgS est adressée aux avocats et