‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 250 sur 295 · CH. XXIX. — ÉLOQUENCE JUDICIAIRE SOUS HENRI IV · texte numérisé non relu

CH. XXIX. — ÉLOQUENCE JUDICIAIRE SOUS HENRI IV

ques . On n'a rien gardé de ses plaidoiries : autant en emporta le vent. Son vrai royaume a été la procédure et son titre d'honneur est son Par/ait Praticien français, où il enseigna la forme de procéder, en toutes Cours et judicatures, aux procureurs, notaires, huissiers et sergents.

Affaibli par Tàge et c par une infinité de mauvaises € rencontres » qui lui venaient de son enfance abandonnée, de la mort de son père et du pillage de sa maison natale de Figeac brûlée par les ligueurs, il se réfugia dans le travail solitaire et assembla les diverses formules de la procédure en usage en Languedoc. Il reprit et refondit son livre, aux dernières années de sa vie. Dans sa préface, il se plaint, d'une manière touchante, de ringratitude des hommes : < De soixante- « quinze années de vie que Dieu m'a données jusqu'ici, € je puis en avoir employé soixante au service du roi, € de son Parlement et du public, sans qu'il m'en reste € autre récompense que l'honneur d'avoir servi à la < satisfaction de ma conscience. » Il ajoutait avec un sourire triste : c En l'âge où je suis, j'aurais mauvaise ^ grâce de prétendre à autre gloire que celle du ciel. »

Son cousiin, le poète François Maynard, essaya de lui faire goûter les gloires de la terre, en chantant le Parfait Praticien français, dans une pièce de vers qui ne perdrait pas beaucoup à être de la prose, et où il lui promet une place au Temple de Mémoire et parmi les beaux esprits de France. Le poète Maynard se laissait emporter par l'imagination et les illusions. Le vieux procureur au Parlement de Toulouse a été oublié sur la terre. Dieu aura exaucé le vœu dé sa mélancolique

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vieillesse, en lui donnant, au sortir des misères et des déceptions de ce monde, la paix et la gloire promises aux hommes de bonne volonté.

Ce serait aussi une ingratitude, de ne pas s*arrôter^ un moment, devant Géraud de Maynard dont le nom se rattache, par son recueil d'arrêts, au souvenir de l'éloquence judiciaire de son temps. Il a été le premier de ces hommes épris de la science du droit qui rassemblèrent les arrêts dispersés du Parlement de Toulouse,, et recherchés comme l'expression de la vérité judiciaire. Leur puissance s'est affaiblie avec les années^ mais ils n'ont pas perdu leur enseignement et leur importance. L'esprit de controverse, de critique et d*examen qui anima le seizième siècle pénétra ainsi au Palais et inspira à Maynard, à La Rocheflavin, à Cambolas, à d'Olive et à Catellan qui le suivirent de près,, l'idée de recueillir les € décisions notables » de leur Parlement. Géraud de Maynard fut un sage, dont le président de Saint-Jory disait qu'il aurait dû naître en Grèce au temps de Platon.

Il était né, au mois de septembre iSS?, à Saint-Céré, petite ville du Haut-Quercy, dans la vicomte de Turenne,. sur les confins du Rouergue, de l'Auvergne et du Limousin. A quinze ans, Géraud de Maynard étudiait le droit à l'Université de Toulouse avec des écoliers qui allaient être bientôt des personnages du seizième siècle,. Etienne Pasquier, Henri de Mesme, Paul de Foix, Dufaur de Pibrac, Dufaur de Saint-Jory, Jean Bodin, Antoine Muret et Michel de l'Hôpital, à cette Universite, la plus florissante du royaume, où enseignaient alors Jean de Coras, Femand Déranger, Rossel, Tho-

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