CIIAP. XXX. — LETTRE DE LOUIS XIII
« la fidélité que vous avez toujours témoignée en toutes « sortes d'occasions, concernant le bien de cet État, « faisant contenir un chacun en paix et repos, sans s'é- « mouvoir, donnant ordre que les édits de pacification « soient observés. Vous recevrez celle-ci par les mains « du sieur Caumels, avocat général, quejious renvoyons € par de là, et vous dira Tétat auquel il nous a laissé, € sur lequel nous nous remettons. Donné à Paris, ce « quatorzième jour du mois de mai 1610.
Louis. »
Cette lecture terminée, le premier président commanda au greffier de lire les délibérations prises par la Cour, au moment de la mort des rois François P', Henri II, François II et Charles IX, et la Cour manda aussitôt les officiers de la ville, pour les exhorter à Tobéissance envers le nouveau roi. A ce moment, entrèrent à la grand'chambre Cornusson, sénéchal de Toulouse, de Gineste, juge-mage, de Loupes, juge criminel, les maîtres des ports, le viguier Rabaudy, divers officiers de la viguerie ou de la sénéchaussée et quatre capitouls, auxquels le premier président adressa des injonctions de continuer à se tenir en paix, et de maintenir le repos des sujets dans le ressort.
Telle fut la douleur des parlementaires, que le premier président se vit obligé de secouer leur abattement et de les rappeler, chambres assemblées, au soin de veiller à la tranquillité de la province. Tout ce que les parlementaires et les gentilshommes du ressort avaient de fortune, d'intelligence et de courage, ils le mirent au service de la justice et de TEtat. De leur côté, les protestants des villes les plus remuantes apportèrent,
au Parlement, l'assurance de leur soumission. Henri IV avait eu raison de dire, un jour, au Parlement, qu'en ne le voyant plus, on Taimerait et que lorsqu'on l'aurait perdu, on le regretterait. Il laissait la France en pleine prospérité et dans une trêve de dix années.
Le greffier, à cheval, proclama, au milieu d'une population en larmes, Tavènement du roi Louis XIII à la couronne, en poussant le cri de c Vive le roi I > Le Parlement suspendit le cours de la justice jusqu'au jour de la cérémonie des funérailles qui eurent un grand éclat. Le 3 juin, les parlementaires en robes rouges et en chaperons fourrés, se rendirent à sept heures du matin à la grand' chambre ; tous les ordres de la ville les y attendaient. Le cortège se mit en marche, les réveilleurs avec leurs cloches^ en avant, suivis des pauvres de l'hôpital avec la croix et les prêtres, les frères capucins, les religieux de Saint-Antoine, les frères mineurs, les religieux du tiers ordre de tous les couvents, les moines augustins, les carmes, les cordeliers, les frères prêcheurs, les paroisses, les chapitres, les confréries, le capitaine et les gardes de la santé conduisant cent vingt pauvres en deuil et portant des torches aux armoiries du roi avec l'écusson de la ville, les baiies et les maîtres anciens de tous les métiers ayant aux mains des torches et le blason du roi, le guet en casaque rouge, les huit sergents des capitouls, le verguier avec sa masse d'argent, les juges et les greffiers de la police portant aussi le blason royal et des torches allumées. Après eux s'avançaient les capitouls en robes et manteaux, portant un grand drap de velours noir, croisé de satin blanc où brillaient les armes du roi