‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 257 sur 295 · CHAP, XXX. — JUGEMENT SCR HENRI IV · texte numérisé non relu

CHAP, XXX. — JUGEMENT SCR HENRI IV

Il ne tint presque jamais rancune aux magistrats ligueurs. Dans sa large tolérance en matière religieuse, il ne se souvenait guère des résistances ou des violences. Le roi de France ne vengea point les injures du Béarnais : il soutenait même ses anciens ennemis contre ses amis de la veille, les vieux soldats de la bonne cause, gens de guerre ou de robe qui avaient souflFert et combattu pour leur maître, et qui sMndignaient des pardons si généreusement accordés à leurs proscripteurs d'autrefois. Le regard du roi portait plus loin : dans ce retour à la clémence et à Toubli des torts du passé, il apercevait la défaite des partis et la renaissance du royaume.

S'il eut beaucoup à se plaindre de la magistrature, il eut aussi à se louer d'elle, surtout à Toulouse, où il effaça, par son esprit d'union et de réconciliation, la trace des divisions anciennes. Le Parlement de Toulouse ne le comprit pas toujours, et parmi les magistrats, il en était qui le blâmaient de choisir ses conseillers politiques dans les rangs de ses ennemis. Il leur tenait tête et ne voulait qu'une magistrature, de même qu'il n'y avait plus qu'une nation. Certes, et malgré sa fameuse harangue devant les notables de Rouen en i5g6, il ne se mit jamais en tutelle et se dégagea des entraves des Parlements, mais il n'imposa jamais silence aux Cours souveraines. Avec son fin et pénétrant esprit, il comprit, au sortir des désordres de la Ligue, que ce serait chose impolitique de ne pas s'appuyer sur tous les partis, et d'humilier et de blesser les Parlements en les mettant à l'écart.

Il prit, plus d'une fois, leurs avis, dans les affaires de

rÉtat, cherchant à s'éclairer, discutant avec eux, et leur jetant comme à Sully et à Bellièvre, tantôt des roses à la tête selon le mot charmant d'Anne d'Autriche, et tantôt la pointe de sa bonne humeur et de sa raillerie. De Montauban, il écrivait, en i535, au Parlement de Toulouse : € Si par quelques bons avis et conseils , je puis quel- « que chose au bien de cet Etat, vous me trouverez tou- « jours très disposé à les recevoir et vous prie de m*a- « vertir, aux occasions, sans toutefois ajouter foi à ces « ombrageux qui ne tendent qu'à obscurcir mes actions « ou s'opposer au soleil même, comme il est croyable « qu'en une compagnie si célèbre, plusieurs clairvoyants € le peuvent apercevoir. »

Personne n'a eu, autant que lui, la soudaineté, l'entrain, la phrase courte et ailée, le mot ferme et de première venue, la raison mordante et adroite et la gaieté française, avec l'accent du cœur : son éloquence était à lui et rien qu'à lui ; il en a emporté le secret dans la tombe. Il ne fut d'ailleurs si habile en son langage que parce qu'il était sincère. Tour à tour ingénieux et familier, prompt à s'emporter et prompt à revenir, il portait toujours avec lui cette belle humeur gasconne que nul revers ou nul triomphe ne lui enlevèrent jamais. En parlant aux compagnies judiciaires, il n'eut ni le pédantisme des lettrés du seizième siècle, ni l'élégance de ceux du dix-septième ; mais sa parole vive, hardie, toujours française en son tour et jusqu'en ses méprises et ses fautes, se joue à travers toutes les saillies de l'esprit et rencontre, comme d'instinct, le mot juste, clair et chaud. Mais la discussion finie, il entendait rester le maître et savait royalement parler aux Cours souverai-

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