‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 258 sur 295 · CHAP. XXX. — JUGEMENT SUR HENRI IV · texte numérisé non relu

CHAP. XXX. — JUGEMENT SUR HENRI IV

nés qui prolongeaient leurs résistances : c Ce n'est pas € à vous à donner la loi, mais à la recevoir de nous. € Je suis roi et parle en roi. » Il ne parlait plus alors en jaquette grise, mais en habit royal.

Quel prince entendit, mieux que ce vainqueur d'Arqués et d'Ivry, l'administration de la justice et laissa, dans ses lettres et ses harangues, de plus nobles et de plus touchants enseignements sur les devoirs des magistrats, la grandeur de leur tâche et le respect dû à leurs arrêts. Il leur écrivait, tantôt qu'ils étaient les yeux du royaume et les colonnes de la nation, et tantôt qu'il ne leur suffisait pas d'être gens de bien, mais qu'ils en devaient avoir la réputation entière, gardant le bon droit et la justice à tous, sans faveur r^i animosité. Sous les choses de la politique se cachaient souvent l'émotion, la tendresse et l'étincelle brillante. Si son édit de janvier 1697 n'égala pas, en étendue, les grandes conceptions du chancelier de l'Hôpital, il a sa large place dans l'histoire de notre organisation judiciaire.

Il y a peut-être une tache à ce panache blanc. De la même main qui travaillait à rendre meilleur le sort des plaideurs, Henri IV mit plus tard, sur les offices, le fameux droit annuel de la Paulette, calculé sur le soixantième de l'office, et à l'aide duquel les magistrats obtenaient la jouissance de leurs charges en propriété héréditaire. De Thou l'en a censuré, en disant que le mérite était compté pour rien, puisque l'argent était tout. Le vieux Charron, qui s'inspirait d'une harangue du chancelier de l'Hôpital, a aussi flétri la vénalité des charges, dans son chapitre sur les devoirs des magistrats : € De briguer et poursuivre des charges publiques,

« mêmement de judicature, c*est chose vilaine, condaxn- « née par toutes bonnes lois, môme des païens. De les € acheter est encore plus vilain et puant, et n'y a point € de plus sordide et vilaine marchandise que celle-là. »

J'ai cité de Thou et Charron ; je pourrais citer Bodin, et Montaigne. Ils oubliaient tous cet examen d'une sévérité légendaire que les Parlements imposaient à ceux qui briguaient la robe rouge et qui fit reculer bien des vanités et des ambitions déplacées. Cette vénalité des charges a-t-elle bien porté atteinte à la magistrature, dans son essence et dans la hauteur de sa mission? Royer-Collard, qui se connaissait en hommes et en caractères, ne Ta pas peasé, et on Ta souvent entendu s'écrier que de cette hérédité des charges, dans les familles, était sortie cette grande magistrature française, dont les belles traditions ont commandé le respect, de siècle en siècle.

Il était parfois arrivé à Henri IV, ainsi qu'il le fit pour le Parlement de Toulouse, de vouloir jeter dans certains procès, le poids de ses sollicitations ou de ses volontés. Il chercha surtout à peser sur les chambres de TEdit et, en particulier, sur la chambre de Castres. Les magistrats le blâmaient de cette intervention: le roi ne tardait pas à revenir et permettait aux Cours souveraines de lui prouver qu'il se trompait. On le vit bien» quand il répara, avec tant de grâce, le tort fait au Parlement de Toulouse, en mandant des magistrats qui s'étaient opposés à un arrêt du Conseil et avaient envoyé des remontrances. Il céda, parce que l'exercice du pouvoir absolu n'émoussa jamais en lui son esprit de sagesse et de justice.

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