CH. XXX. — TE DEUM EN L^HONNEUR DE LOUIS XIII
Cest surtout en matière criminelle qu'il montra son rare esprit de gouvernement. Loin de pousser aux condamnations des crimes qui se rattachaient aux dissensions religieuses de son siècle, il cherchait à fermer Tère des guerres religieuses, en épargnant diverses classes de coupables, et en gourmandant les lenteurs ou les sévérités qui retardaient la soumission des rebelles et la réconciliation des partis. Le président de Gramond a bien fait de l'appeler un des plus grands rois de ce monde.
Après la mort d'Henri IV, la grand' chambre décida, le 4 juin, que, le dimanche suivant, serait faite une procession générale où la Cour paraîtrait en robes rouges et qu'un Te Deum serait chanté, *en l'honneur de Louis XIII, à Téglise Saint-Jacques. Au sortir de l'église, le Parlement se rendit sur la place Saint- Étienne pour allumer le feu de joie. Là, le capitoul Carrière ayant donné un flambeau au premier président, voulut aussi allumer le feu. La Cour s'y opposa parce qu'un capitoul aurait ainsi marché de pair avec le premier président. Le feu ne fut allumé que par le chef du Parlement qui retira le flambeau des mains du capitoul, et jeta la torche dans le brasier.
Selon l'ancien usage, le Parlement envoie, au nouveau roi, une députation composée du président de Paulo, du doyen des conseillers, Bernard d'Assézat,et de Mathieu de Chalvet, président de la seconde chambre des enquêtes. Le premier président Nicolas de Verdun partit avec eux pour ne plus revenir. Il venait d'obtenir les lettres de confirmation de son Parlement, alors composé de six présidents à mortier, d'environ cent conseil-
lers, d'un procureur générai et de deux avocats généraux, lorsqu'il fut appelé à la première présidence du Parlement de Paris, laissée par le premier président de Harlay et briguée par le président de Thou. C'est ainsi que de Thou a parlé de Nicolas de Verdun, avec une dureté où perce le ressentiment de sa défaite.
Les récriminations de de Thou n'ont rien enlevé au premier président de Verdun de sa renommée de savoir, de sagesse et de cette gravité tempérée par un esprit fin . et enclin aux douces railleries, qui faisait dire aux gens de robe des Palais de Paris ou de Toulouse : l'esprit de M. de Verdun, comme on dira à la cour du grand roi, l'esprit des Mortemart. A son visage sillonné, avec barbe et moustache de couleur un peu fauve rappelant la couleur de la barbe d'Omer Talon, il y a un air sombre et chagrin, cet air morose qui inquiétait les procureurs et eflFrayait les clercs de la Basoche ; mais les yeux ont une clarté singulière : on dirait que la moquerie en sort dans un éclair.
En le perdant, la ville de Toulouse célébra le souvenir de son passage au Parlement par des louanges en prose et en vers. Il aimait les lettres et les arts, autant que la science du droit, et c'est à lui que Voiture dédia ses premiers vers. Quand Nicolas de Verdun perdit sa femme, Malherbe lui adressa des stances qui se terminaient par cette belle strophe :
La justice, le glaive en main,
Est un pouvoir autre qu*humatn,
Contre les révoltes civ es.
Elle seule fait Tordre, et les sceptres des rois
N*ont que des pompes inutiles,
suis ne sont appuyés de la force des lois.