CH. II. — DÉSORDRES DU CLERGÉ
Il n'y avait pas d* affaires plus renaissantes que celle de la pragmatique sanction. Le palais retentissait sans cesse du bruit de ces fameux décrets du concile de Bàle adoptés à Bourges par rassemblée des prélats et des seigneurs du royaume, en 1487, et confirmés par une ordonnance du roi. La Cour romaine cherchait à en éluder Texécution, mais les Parlements de Paris et de Toulouse maintenaient ces décrets dans toute leur vigueur. La pragmatique était battue en brèche par le pape et par le roi : cette société ardente et jalouse de ses franchises nationales en était agitée. Les partis en venaient aux mains dans les villes fougueuses voisines du Roussillon et de la Provence. A Nîmes, les passions se déchaînèrent dans toute leur violence : le prévôt et le chapitre de réglise soutenaient les droits de Tévéque élu par eux, contre un cardinal d'Avignon qui voulait prendre possession de cet évéché en vertu d'un décret du pape. Des factions bruyantes troublèrent aussi le diocèse de Viviers. Elie de Pompadour, malgré Tarrét du Parlement, s*empara de Tévêché de Viviers et en chassa Pierre Barillet, conseiller au Parlement, le premier de ceux qui eurent le double titre de professeur de l'université et de conseiller d'une Cour souveraine. Le clergé résista à Elie de Pompadour qui lança des excommunications. Le clergé en appela au Parlement ; c'est cette sorte d'appel se rattachant aux droits du royaume qui prit le nom d'appel comme d'abus.
Ces désordres de l'église entraînaient les désordres du clergé et allaient ouvrir une large route à la réforme de Luther et de Calvin. Le Parlement châtiait les prêtres qui violaient les règles de la religion et de la
morale, mais ni les arrêts, ni les peines canoniques, n*arrêtaient point ces scandales et ces hontes.
Des disputes de préséance font une courte diversion à ces tristesses. A la rentrée de la Saint-Martin de Tcuinée 1452, Tarchevêque de Toulouse et les évèques de Sarlat et de Saint-Papoul prétendirent marcher après le premier président et avant les autres présidents, au moment de l'offrande, à la messe du Saint-Esprit. Les tètes s*échauffaient, mais le conseiller clerc Bardin parvint à les calmer. La mort soudaine du premier président Jacques de Meaux les détourna de ces querelles.
De cruelles souffrances eurent bientôt tari en lui les sources de la vie ; il avait mis dans son blason cinq Goudronnes d*épines. Les haines de famille, qui attristèrent sa vie, poursuivirent sa veuve au lendemain de sa mort : elle fut obligée de plaider pour ses habits de deuil. Le premier président de Meaux laissa le souvenir d'un esprit ferme et d'un cœur doux.
Sa charge, briguée par le président Dacy qui venait de prendre au nom du roi possession du comté de Comminges à la mort de Mathieu de Foix, passa aux mains de Pierre Varinier, simplement qualifié dans les registres de la Cour, de docteur et professeur en droit civil. L'annaliste Lafaille laisse percer la surprise et le dédain des parlementaires en disant: « Il fallait que ce personnage jouît d'une haute réputation pour mériter un si beau poste, sans avoir d'autres antécédents. > Le roi le connaissait mieux que les parlementaires ; il avait déjà mis à l'épreuve sa science du droit et son dévouement aux intérêts de la couronne. En môme temps, le roi créa une troisième présidence au Parlement de Toulouse.