‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 30 sur 295 · CH. II. — MORT DU PROCUREUR GÉNÉRAL DUBOIS · texte numérisé non relu

CH. II. — MORT DU PROCUREUR GÉNÉRAL DUBOIS

On installa Pierre Varinier le 3 décembre 1484 : le président Dacy se contenta, ce jour-là, d'un froncement de sourcils. Quelques jours après, sa rancune fit explosion par ces orgueilleux reproches adressés à Pierre Varinier : € Vous avez usurpé la première place sur les suffrages du Parlement qui me les avait destinés. » Une vive réponse de Varinier imposa silence à Dacy.

La peste reparut à Toulouse en 1455. Une partie du Parlement se rend à Lavaur. Les parlementaires, restés à Toulouse, informèrent ceux qui avaient déserté la ville que, s'ils n'y rentraient pas promptement, ils seraient privés de leurs offices et dénoncés au roi. D'autres querelles intérieures les divisaient et les irritaient. Le seigrneur d*Albret, ancien légat du pape, alla s'asseoir un jour, au Parlement avant les prélats. De sa petite chambre de la montagne Sainte-Geneviève, Dumoulin fit entendre au royaume sa protestation retentissante, en soutenant que la justice royale était d'essence séculière et que le Parlement de Paris n'aurait jamais toléré cette usurpation .

Le président Jean Dacy meurt au sortir de l'audience où il avait condamné à la torture le florentin Othon Chaste acharné à la perte de Jacques Cœur, qu'il

avait remplacé dans la charge d'argentier du roi, et poursuivi à son tour pour rapines et concussions. La mort frappe aussi sur son siège le procureur général Louis Dubois, que remplace Pierre de Ligonne, en l'année où, par un vent brûlant, un incendie dévora une partie de la ville ; ce fut le Parlement qui sauva du pillage les débris des maisons incendiées et fit donner un asile et du pain à des milliers de pauvres errant dans

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les rues. On apprit alors à Toulouse Tarrestation du duc d'Alençon, accusé d'avoir traité avec les Anglais et de vouloir leur ouvrir les portes du royaume. Quelques parlementaires entrés dans ce complot et dénoncés par la clameur publique, auraient été emprisonnés sans le pardon du roi. L'archevêque de Toulouse, Bernard de Rosergio, un des jurisconsultes les plus savants et les plus éloquents de son siècle, était même à la veille de comparaître devant le Parlement. Ce nuage ne tarda pas à se dissiper. Le roi Charles VII venait de mourir. Louis XI monte sur le trône en 1461. Le Parlement suspend le cours de la justice jusqu'à l'arrivée deslet* très du nouveau roi et, de concert avec les capitouls, célèbre à la cathédrale de magnifiques obsèques en l'honneur de Charles VIL Louis XI ne se laissa pas toucher par ces cérémonies funèbres ; en confirmant le Parlement de Toulouse, par ses lettres patentes du 3 octobre 1461, il enleva leurs charges à plusieurs membres du Parlement, au premier président Pierre Varinier et au procureur général Pierre de Ligonne. Il suffisait à l'ombrageux Louis XI que le roi Charles VII eût donné au premier président des marques de son attachement et de sa confiance pour s'en défier et le rejeter dans l'ombre. Varinier alla mourir dans sa maison des champs, sans amertume, en gardant jusqu'au dernier jour le noble dédain des élévations et des chutes humaines. Le roi ne confirma, dans leurs offices, que Jean Le Lasseur, président des enquêtes, les conseillers clercs Guillaume Bardin, Antoine Marron, Philippe de Fontenay et Pierre de la Treille. Louis XI maintint dans leurs charges les conseillers lais Guibert Rome, Nicole

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Berthelot, Pierre Damian, Pierre Sarrat, Jean de Héricon, Gaillard Dahus, Hébert de Malenfant et Pierre de Brugnières de Tancienne maison de Chalabre. Il supprima le huitième président, en se réservant la nomination des autres membres du Parlement. Ces nominations ne se firent pas attendre : la première présidence fut donnée à Jean Daunet, fils d*un sénéchal de TAnjou, ancien ambassadeur de Charles VU à Rome et au concile de Bàle, procureur général au Parlement de Paris et dont l'arrière-petite-fille sera la mère de Sully. Adam Cousinot hérita de la présidence laissée par Jean Dacy. Bernard Lauret eut la charge d'avocat général, Antoine Morlhon celle de procureur général, et Pierre Benquet un siège de conseiller clerc. Le favori de Louis XI, Guillaume Bec, homme d*église, eut droit de préséance sur tous les conseillers et sur le garde du sceau royal.

L'arrivée de Louis XI à Bordeaux amena un différend entre le roi et le Parlement de Toulouse qui refusait d'enregistrer la cession faite par la couronne au comte de Caudale des terres et châteaux des comtés de Lavaur et de Giroussens. Le premier président, qui signa, comme témoin, le contrat de mariage du vicomte de Candale et de Marguerite, fille du comte de Foix, se connaissait en habiletés et en souplesses. 11 sut triompher des caprices et de rhumeur changeante de Louis XI, qui semblait vouloir abaisser tout ce que son père avait élevé ; il garda sa première présidence au Parlement.

C'est aux premières années de ce règne que le Parlement prit en mains la nomination des capitouls. Les capitouls, nobles au premier chef à l'expiration de leurs fonctions, étaient dans l'usage de nommer leurs succès-

seurs, par un privilège dont ils étaient jaloux. De violentes disputes s'élevaient souvent entre eux, au travers des brigues de ces élections ; le Parlement, qui tranchait ces querelles, résolut d'y mettre un terme, en nommant lui-même les capitouls. L'hôtel de ville alarmé protesta; le Parlement s'apaisa, en insérant dans son arrêt qu*il ne nommerait les capitouls qu'une fois seulement, p€ur manière de souveraineté et sans préjudice des statuts et coutumes de la ville. Les intrigues et les agitations devenant plus vives à chaque élection, les capitouls furent les premiers à supplier le Parlement de s'emparer du droit de nomination au capitoulat. Les parlementaires, riches et lettrés, nommés à vie, triomphèrent sans peine de ce groupe de nobles, d'avocats et de marchands dont les fonctions n'étaient que de courte durée. De loin en loin il y aura des résistances violentes, mais stériles. Le Parlement tes dissipera comme des nuées et sera le vrai souverain de Toulouse.

De Bordeaux, Louis XI s'achemina vers Bayonne et Toulouse. Avant de quitter Bordeaux, il enleva au Parlement de Toulouse les pays et sénéchaussées de Gascogne, Guyenne, Agenais, Bazadais et des Landes et créa le Parlement de Bordeaux en 1462. Il fit son entrée à Toulouse, à cheval, sous le dais, vêtu d'un pourpoint de toile d'or, avec des chausses étroites, le bas et le haut tout d'une pièce, Etienne de Roaix portant le gonfanon de la ville devant le roi, au lendemain d'un incendie qui dévora une partie de la ville. Au souffle d'un terrible vent du midi, des tourbillons de flammes volèrent d'un quartier à l'autre, enveloppant le faite des clochers d'un nuage de feu, fondant les cloches et brûlant, dans un

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