CH. II. — LA PRAGMATIQUE SANCTION
immense brasier» les maisons, les monuments, les collèges, les couvents, les églises et Thôtel de ville. Le Parlement, à la voix de son premier président, dont la vie fut souvent en danger au travers des flammes, organisa partout des secours; Tincendie fumait encore à Tarrivée du roi. Louis XI assista à la procession de la Fête-Dieu, au milieu des cendres humaines et des ruines, et pleura sur cette cité désolée. Il y séjourna plus de deux mois et nomma le premier président commissaire de la couronne aux états assemblés à Montpellier. En signe de joie, à cette entrée du roi, le Parlement rendit la liberté à une foule de prisonniers. Des croisées de la Trésorerie où il était logé, le roi, apercevant sur la place du Palais Téchafaud où montait un condamné, lui fit grâce entière, en priant Notre Dame de Bon Secours « de lui en tenir compte au jour du jugement. >
Pierre de Morviller, chancelier de France, qui accompagnait le roi, siégea souvent au Parlement. C'est vers cette époque que la langue latine, mal parlée et mal comprise au Palais et devenue ainsi une source de procès, fut remplacée dans les plaidoiries par la langue française. Louis XI, qui n*aimait guère les avocats, autorisa les parties à plaider elles-mêmes leurs causes en toute liberté et sans avoir recours aux hommes de robe. Les registres du Palais étaient déjà écrits en français depuis Pannée 1444.
Les luttes de la pragmatique sanction se réveillent. Le Parlement, qui n'hésite pas à sévir contre les entreprises arbitraires de Rome, décrétait de prise de corps Pierre Davaut, évêque de Sarlat, et ordonnait la saisie de son temporel, pour avoir déclamé en chaire contre le pape
Pie IL II sévissait aussi contre les princes de l'église, qui bravaient les règles du droit civil et du droit canon. Le pape, en remercîment de cette noble indépendance, l'honora, dans ses lettres apostoliques, du nom de Parlement catholique.
La peste revient en Languedoc et oblige le Parlement à se transporter de ville en ville ; il siégeait à Albi dans Tété de 1468 et à Béziers, à l'automne de la même année. II rentrait à Toulouse à la fin du mois de janvier 1464. On était alors à ces journées troublées où la ligue du bien public, répandue parle royaume, enhardissait les impatients et les rebelles et inquiétait la couronne. La province du Languedoc reste fidèle au roi ; le Parlement décrète d'emprisonnement les seigneurs révoltés et les condamne à demander pardon à Louis XI, tête nue et sans ceinture, à la sortie de la messe et devant le peuple. Après la bataille de Montlhéry, le roi s'empressa d'adjoindre le premier président Jean Daunet au connétable, à l'amiral de France et au sire de Melun, négociateurs du traité de paix.
Jean Daunet se rend ensuite à Tours où il soutient les droits du roi de France contre les prétentions du duc de Bretagne devant le roi de Sicile, les princes et les plus grands seigneurs du royaume. Ces nobles arbitres, qui se défiaient des ruses de Louis XI, se laissèrent convaincre par la force et la clarté du langage de Jean Daunet et donnèrent raison au roi de France. Le roi, en récompense de ses services, lui accorda en outre du droit de séance déjà en vigueur, droit de voix délibérative au Parlement de Paris. Il semble que ce dernier privilège soit passé plus tard sur la tête des autres membres du Par-