‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 36 sur 295 · CHAP. III. — LES TORTURES · texte numérisé non relu

CHAP. III. — LES TORTURES

L-^ sort de Pierre Varinier et d'Henri de Marie. Il donna ^ a charge à l'avocat générai Bernard Lauret seigneur de !R4ervilIe, pieux, affable et savant selon les mémoires du ^emps, expert en droit canon et ami des pauvres.

La question et la torture sont encore en vigueur sous ce règne et les faux monnayeurs expient leurs crimes dans des cuves d'huile bouillante. Le Parlement condamnait les assassins à avoir la tête tranchée^ la main coupée et le corps écartelé à quatre chevaux. Pour les autres crimes, il condamnait à la roue, au gibet, au pilori, au carcan, aux galères, au bannissement, à l'immersion et à la submersion dans la Garonne, au fouet, à la langue percée, au bûcher, à la claie, aux tortures de l'eau et à l'estrapade dont la corne de bœuf, les boucles rouillées et les cordes raides de sang semaient partout l'épouvante.

On appliquait la question préalable aux condamnés à mort pour obtenir la révélation de leurs complices. Cette question préalable se divisait à son tour en question ordinaire et extraordinaire. Le condamné subissait la question extraordinaire plus douloureuse que la première, quelques heures après la question ordinaire, à moins que le patient trop meurtri ne pût la supporter et, dans ce cas, on la renvoyait au lendemain ou à un autre jour.

Pour la question ordinaire, on employait à Toulouse l'estrapade apportée d'Italie. Le patient ayant jeûné la veille, on le plaçait sur un escabeau, les mains serrées par un lien retena.nt un doigt de fer, appelé bouton de géhenne et se rattachant à une longue corde allant aboutir, par Tautre bout, à une poulie fixée au haut d'une potence. Cette corde s'enroulait à un tour-manœuvré par deux

hommes qui élevaient en Tair le patient aux jambes duquel un poids était suspendu. Les deux extrémités de delà corde qui retenaient les bras s'enroulaient à deux cylindres mis en mouvement par deux aides du bourreau, à droite et à gauche. Aux jambes du patient le bourreau attachait aussi des chaînes sur lesquelles il appuyait les pieds. Le torturé se tordait dans de cruelles extensions de ses membres dans tous les sens ; on le descendait pour l'interroger, quand elles arrivaient au point extrême. S'il persistait à nier son crime, le bourreau le relevait en Tair et le supplice recommençait par deux fois.

La question extraordinaire se donnait à Teau. On étendait sur un banc le patient avec des cordes attach.^es aux bras et aux pieds et passées à des anneaux de fer scellés aux murs. Entre le banc et les reins du supplicié, on glissait un tréteau qui l'assujettissait sur ce banc de douleur. Le bourreau lui ouvrait la bouche avec des baguettes de bois et de fer, un aide lui couvrait la face d'un voile enfoncé dans la bouche et, faisant poche y versait lentement un certain nombre de pots d'eau que la bouche avalait sans pouvoir la rejeter. II arrivait souvent que les patients accusaient des innocents pour échapper à ces souffrances ou qu'ils agonisaient sous ces douleurs ; alors le supplice cessait, mais beaucoup mouraient sur l'escabeau avant d'être roués ou brûlés.

Tout autre était la question extraordinaire donnée aux femmes : on leur faisait ployer une jambe et on appliquait à cette jambe, près du genou, une pince en fer, la mordache, qui rapprochait à l'aide d'un écrou et

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d'une vis, les deux parties de ce membre et le comprimaient comme dans un étau. Cette torture pouvait se renouveler plusieurs fois de suite, ainsi que cela eut lieu pour des empoisonneuses. On n'ordonnait jamais, au Parlement de Toulouse, le supplice des brodequins arrosés d'huile bouillante, en vigueur dans d'autres Parlements.

C'est au Capitole, où se trouvait une chambre de la géhenne, que se transportaient pour l'exécution de ces supplices, les commissaires du Parlement assistés de deux capitouls, d'un officier du parquet, d'un greffier et de deux sergents. Ils faisaient jurer au patient, sur l'évangile de la Passion, de dire la vérité et de confesser son crime. S'il niait, le bourreau entrait, jurait à son tour d'exécuter Farrôt, coupait les cheveux du condamné, lui ouvrait la bouche en cherchant du doigt s'il n'y avait pas caché quelque brevet de magie, et la torture commençait.

Pendant la torture, les commissaires du Parlement exhortaient le condamné à parler. S'il gardait le silence, le tortureur se remettait à l'œuvre malgré les cris et les gémissements du malheureux: cela s'appelait l'application du deuxième et du troisième bouton de la géhenne. Rien n'est plus effrayant que la froide et tranquille rédaction des procès- verbaux qui comptent les cris poussés par les suppliciés, les larmes, le désespoir et les supplications et qui constatent l'écume aux lèvres, l'égarement des yeux, la langue hors de la bouche et les souhaits de mort, comme une heureuse délivrance de ce long martyre.

Le Parlement entre dans une voie de clémence et abo-

lit Tusage des ceps de bois dans lesquels on mettait les pieds et les mains des criminels. Les mœurs vont s'adoucir avec le progrès des études de l'université où ac* couraient en foule des écoliers de toutes les provinces françaises et de toutes les nations étrangères. L'université de Toulouse ne reconnaissait que la Sorbonne pour son aînée. Il arrivait souvent que cette jeunesse remuante et bruyante entrait en guerre contre ses maîtres et que le Parlement n'apaisait ces querelles que par des arrêts et de sages règlements perdus aujourd'hui dans la poussière des greffes.

Des hommes nouveaux paraissent au Parlement, entre autres cet avocat du roi, Jean Sarrat, que deux plaideurs se disputèrent, par un curieux procès, pour qu'il plaidât une affaire où se débattaient leur honneur et leur fortune. Ce fut un procès en règle jugé par le Parlement, qui débouta les deux parties de leurs prétentions et défendit à l'avocat du roi de plaider pour elles. Cet usage, qui permettait aux gens du roi de plaider pour des particuliers dans les causes étrangères à la Couronne, fut confirmé plus tard par Louis XII et aboli ensuite par Charles IX et Henri III. En même temps que Jean Sarrat, on vit paraître au Parlement les noms de Pierre d'Olive, seigneur du Mesnil, qui de conseiller devint procureur général en remplacement de Morlhon, promu à une présidence, de Garcias et de Dufaur, chancelier du comte d'Armagnac, ambassadeur en Suisse et en Allemagne, l'aïeul glorieux et le tronc vigoureux de l'arbre généalogique des Pibrac et des Saint- Jory; qui donneront, comme les branches d'un chêne, tant d'hommes illustres à la justice, à l'état et aux lettres. Sept fois le

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mortier entra dans cette maison des Dufaur, non par droit de survivance, mais par la volonté des rois qui rendaient ainsi hommage à la science et à la vertu de la race. C'est ce qu'a voulu fièrement rappeler la devise de leur maison : Forlunasibi quisque fdber. Tous ces Dufaur 'tenaient à honneur d'être les artisans de leur fortune et de leur renommée.

Vers ce temps, mourut en prison le duc d'Aquitaine, ennemi du roi, qu'on disait avoir été empoisonné par Louis XI. Pour le venger, le duc de Bourgogne excite les villes de la Guyenne à la révolte et répand de son côté de violents manifestes contre le roi. La Guvenne reste soumise et tranquille; mais Louis XI, craignant de voir se rallumer la guerre, a recours à la voie des négociations, sa ressource ordinaire, et convoque à Nantes une assemblée pour affermir la paix. Le premier président du Parlement de Toulouse était au nombre des négociateurs avec Jean de Popaincourt, président au Parlement de Paris, un président au Parlement de Grenoble, l'archevêque de Tours et l'évêque de Lombez. Cette levée de boucliers finit par un traité avec le. duc de Bourgogne : le voile qui couvrait la mort du duc d'Aquitaine ne fut jamais déchiré.

Le Quercy est enlevé au ressort du Parlement qui proteste contre l'édit royal et reprend bientôt sa juridiction sur cette contrée. La peste revient et prend toujours ses premières victimes à Toulouse. Les vieilles maisons de bois y formaient saillie sur des rues étroites et plates où séjournaient les eaux et les immondices. A ces retours sans cesse renouvelés du fléau, on se serait cru dans une ville pestiférée de l'Orient. Le Parlement se

lit l'usage des ceps de bois dans lesquels on mettait les pieds et les mains des criminels. Les mœurs vont s"adoucir avec le progrès des études de l'université où accouraient en foule des écoliers de toutes lus province^ françaises et de toutes les nations élran^'ères. LunivcTsité de Toulouse ne reconnaissait que la Sorbonne pour son aînée. Il arrivait souvenl que cette jeunesse remuante et bruyante entrait en guerre contre ses maîtres et que le Parlement n'apaisait ces querelles que par des arrêts et de sages règlements perdus aujourd'hui dans la poussière des greffes.

Des hommes nouveaux paraissent au Parlement, entre autres cet avocat du roi, Jeun Sarrat, que deux plaideurs se disputèrent, par un curieux procès, pour qu'il plaidât une affaire où se débnttaicnt leur honneur et leur fortune. Ce fut un procès en règle jugé par le P;irlement, qui débouta les deux parties de leurs prétentions et défendit à l'avocat du roi de plaider pour elles. Cet usage. qui permettait aux gens du roi de plaider pour des particuliers dans les causes étrangères à la Couronne, fut confirmé plus tard par Louis XII et aboli ensuite par Charles IX et Henri IIL En même temps que Jean Sarrat, on vit paraître au Parlement les noms de Pierre d'Olive, seigneur du Mesnil, qui de conseiller devint procureur général en remplacement de Morlhon, promu à une présidence, de Gardas et de Dufaur, chancelier du comte d'Armagnac, ambassadeur en Suisse et en Allemagne, l'aïeul glorieux et le tronc vigoureu.\ de l'arbre généalogique des Pibracetdes Saint-Jory; qui (' ront. comme les branches d'un chéna, tant d'h^ illustres à la justice, à l'état et aoïj

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mortier entra dans cette maison des Dufaur, non par droit de survivance, mais par la volontédes rois qui rendaient ainsi hommage à la science et à la vertu de la race. C'est ce qu'a voulu fièrement rappeler la devise de leur maison : Fortuna sibi quisqae faber. Tous ces Dufaur"tenaient à honneur d'être les artisans de leur fortune et de leur renommée.

Vers ce temps, mourut en prison le duc d'Aquitaine, ennemi du roi, qu'on disait avoir été empoisonné par Louis XI. Pour le venger, le duc de Bourgogne excite les villes de la Guyenne à la révolte et répand de son cdté de violents manifestes contre le roi. La Guyenne reste soumise et tranquille; mais Louis XI, craignant de voir se rallumer la guerre, a recours à la voie des négociations, sa ressource ordinaire, et convoque à Nantes une assemblée pour affermir la paix. Le premier président du Parlement de Toulouse était au nombre des négociateurs avec Jean de Popaincourt, président au Parlement de Paris, un président au Parlement de Grenoble, l'archevêque de Tours et l'évêque de Lombez. Cette levée de boucliers finit par un traité avec le duc de Bourgogne : le voile qui couvrait la mort du duc d'Aquitaine ne fut jamais déchiré.

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transporta de ville en ville, à Revel, à Albi, à Réalmont. Il venait de rentrer au château Narbonnais lorsque la famine, qui suivit la peste, l'obligea à reprendre le chemin" de Revel et de Gaillac. Il ne regagna Toulouse qu'à la fin de janvier 1475, pour châtier des bandes de pillards qui saccageaient et brûlaient les maisons abandonnées, et pour assister à une procession solennelle des corps saints de l'église de Saint-Sernin, en action de grâces de la fin du fléau. Les capitouls portèrent les reliques sur leurs épaules et le premier président marchait en avant, en robe rouge et en manteau d'hermine.

L'évoque Louis d'Amboise préside alors les Etats du Languedoc où les prélats tentent d'agrandir leur autorité, aux dépens delà juridiction royale. D'un autre côté, quelques églises se révoltent contre leurs évéques. L'évoque d'Uzès ayant défendu à ses chapitres et à ses chanoines de célébrer certaines fêtes par des danses publiques et des promenades bruyantes, les novices et les nouveaux prêtres en appelèrent comme d'abus au Parlement, qui maintint l'évoque dans ses droits de correction et de réforme envers tous les clercs de son diocèse.

Quand les évêques enfreignaient les lois du royaume, le Parlement les châtiait sans merci ; il ouvrait des procédures contre eux, et punissait, en 1478, d'une amende de 2,000 livres envers le roi, Antoine Allemand, évéque de Cahors. L'évêque, usant de représailles, défendit aux prêtres et aux religieux d'aller aux portes des villes de son diocèse recevoir, avec la croix, les commissai^ res du Parlement et de les conduire aux cathédrales. L'ordonnance de l'évêque fut bientôt cassée avec une nouvelle condamnation à une autre amende de 2,000 li-

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•vres. Le Parlement décernait des ordonnances de prises de corps contre les évêques de Mende, de Lectoure, de Mirepoix et contre l'archevêque de Narbonne pour excès de pouvoirs.

Louis XI cherchait partout les complices du comte d* Armagnac, duc de Nemours, puni du dernier supplice, et dont les enfants, têtes nues, les mains jointes, vêtus de blanc et agenouillés sur Téchafaud avaient senti tom-* ber comme une pluie chaude sur eux le sang de leur père. Il ajourne par décret devant le parlement de Toulouse l'archevêque de Bordeaux, Tévêque d*Uzès, le vicomte de Caraman et le seigneur de Lautrec qu'il enveloppait dans la conjuration ; mais Tafiaire n'eut pas de suite et le 'roi dut se contenter de leur protestation d'innocence. En même temps, il démembrait son domaine royal qu'il distribuait aux seigneurs de la cour, sans choix et sans mesure. Le trésor s'appauvrissant, le roi contracte des emprunts et augmente les impôts. Le Parlement, qui vérifie les lettres patentes confisquant le comté d*Armagnac et le réunissant à la couronne, refuse d'enregistrer l'échange du Lauragais contre le comté de Boulogne, et s'oppose à l'aliénation des bailliages de Villefranche, Peureuse, Villeneuve et autres seigneuries du Rouergue, au profit de Frédéric d'Aragon, prince de Tarente. Il tenait pour maxime que le domaine de la couronne était inaliénable, en vertu d'une loi du droit des gens née avec la monarchie elle-même. Il n'obéit qu'à des lettres de jussion. Le roi n'en parut pas trop oiîensé ; il se borna à révoquer les trois conseillers Damien, Berthelot et Bruyères, remplacés par Dalbert, Gabier et Robert de Pavie. Dalbert ne fut jamais installé. Le Par-

lement n installa Gabier et Robert de Pavie que sur des lettres de jussion. Le roi n'en choisit pas moins, au Parlement, des magistrats et des avocats pour compléter la plus solennelle ambassade de ce règne. Guy d'Arpajon, vicomte de Lautrec, chambellan du roi, le président Antoine de Morlhon, Jean de Voisins, vicomte d'Am. bres, Pierre de Carmaing, écuyer du roi, Antoine de Tournus, juge-mage de Carcassonne. Jean Barbier, professeur de Tun et Tautre droit, Jean de Morlhon, avocat au Parlement de Toulouse et Compain, notaire et secrétaire du roi, partirent, en qualité d'ambassadeurs, pour l'Italie, afin de presser L'accord du pape avec les Florentins, arrêter au-delà des monts l'invasion des Turcs et provoquer un concile général.

Le président de Morlhon devint l'âme de cette ambassade. C'était un esprit élégant, insinuant et adroit. Le roi lui donna le titre de chevalier. Le père Lombard assure que si le poète Ronsard avait connu les harangues du président de Morlhon à la Cour de Rome, il se fut gardé de prétendre que la bonne éloquence ne franchirait jamais la Loire. Le président de Morlhon avait aussi un cœur intrépide. Une ambassade génoise étant allée à Rome pour y rendre obéissance au pape, Morlhon se leva et déclara que les Génois ne devaient relever que du roi de France, souverain de Gênes et de Savoie. Le pape lui imposa silence et reçut le serment d'obéissance des Génois. Morlhon protesta et déclara qu'il ne pouvait reconnaître l'autorité du chef de Téglise en cette matière temporelle et réservée au roi. Le temps s'écoulait et la politique italienne entravait, par des lenteurs calculées, la marche des négociations ; elle se

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