CHAP. 111. — LETTRES DE CONFIRMATION
« rinnocence en sûreté, N.-S. Dieu ait ordonné aux rois « et princes de la terre faire justice et jugement entre « les vivans, par laquelle justice les royaumes, princi- « pautés et seigneuries sont entretenus en leurs droits « et prééminences, Téglise en sa liberté, tous crimes et « maléfices punis et corrigés, par quoi la marchandise « peut avoir son cours, et le peuple vivre en repos et en «tranquillité... pour laquelle justice distribuer, faire et » administrer à tous nos sujets de Languedoc, nos très- « nobles progéniteurs^ rois de France, ayent, de très- « grande ancienneté, établi une Cour de Parlement au « dit pays, pour discuter, connoître et décider en sou- € Terain et dernier ressort, de tous les débats, questions, € matières et procès de notre pays... en laquelle Cour de < Parlement y ait toujours eu de grands et notables « personnages, qui ont vertueusement fait et administré c justice... confirmons. >
Les trois présidents étaient Bernard Lauret, premier président, Antoine de Morlhon et Dufaur, second et troisième présidents. Pierre de Benquet présidait les enquêtes. Les conseillers étaient Louis Lhuillier, Jean Dorialle, Guillaume Bardin, Pierre de Mirabel, Guy de Semier, Jean Bonamy, et Pierre Suin, conseillers clercs; Pierre de Bruj^ères de la maison de Chalabre, Brémon de Saint-Félix ; Jean de Pavie, Jean Séguier, Claude Vabre, Antoine Voix et Philippe Foucault, conseillers lais. Jean Sarrat était avocat général ; la charge de procureur général fut remplie par Arnaud Dufaur, fils du président Dufaur. Les lettres patentes nomment aussi le greffier civil et criminel Guillaume de la Marche, le greffier des présentations Pierre Gilbert, le premier
huissier Aynard de Noêrieux et les huissiers ordinaires Michel Maurel, Jean Couturier, Jean Guillot, Jean de Fontenai, Jean Thibout, Philippe Guillaumette et Simon le Brun, et enfin le receveur des gages et amendes Oudinet le Mercier.
A Tavènement de Charles VIII, les restes de la maison d*Armagnac espérèrent que le nouveau roi adoucirait les rigueurs de leur destinée. Les gens de leur trois États envoyèrent une députation au Parlement de Toulouse pour l'intéresser aux malheurs de cette maison proscrite et cruellement punie de la félonie du comte Jean V. La branche d* Armagnac, qui avait pris le nom de Nemours, était la plus à plaindre : les fils du duc décapité erraient sans asile et presque sans pain. Il y avait quelque chose de touchant dans cette grande infortune qui pesait toujours sur ces enfants hors d'état de poursuivre le procès de la succession de Charles d'Anjou de Sicile. A la prière de Jacques de Luxembourg, leur oncle, et de celle du président Dufaur, le roi se laissa fléchir et leur donne une retraite dans le château de Chàtellerault, avec 5oo,ooo livres de rente sur cette vicomte. Les grâces s'étendirent aussi sur l'évoque de Castres, Jean d'Armagnac, frère du duc de Nemours. L'évêque revient de Texil et se remit en possession de son église, mais non de la moitié du comté de Castres, qui lui fut disputée en justice et par les armes. Le roi délégua le conseiller Jean de Pavie pour procéder à des informations juridiques. Les femmes de cette maison d* Armagnac résistaient de leur côté aux arrêts du Parlement. Les intrigues et les factions renaissaient plus ardentes par ce règne troublé d'un roi de quatorze ans.
CH. III. — MURAILLES DE BRIQUES A TOULOUSE 8l
Les Etats généraux s'assemblent à Tours où les dé^ pûtes du Languedoc sollicitent vainement des règlements destinés à abréger la durée des procès. Charles VIII se contente de signer de nouvelles lettres patentes confirmant le Parlement de Languedoc et ordonnant que le droit écrit continuerait à régir cette province, et que la Cour des aides serait réunie au Parlement. Le connétable de Bourbon, protecteur des habitants de Montpellier, allait bientôt faire rétablir la Cour des aides dans cette ville. Le Parlement et la province s'opposèrent à cette mesure et bravèrent des lettres de jussion ; il s'écoula quatre années avant que le Parlement consentit à enregistrer cet édit.
Le Parlement, chassé par la peste, va à Lavaur dans fêté de 1485, où la chaleur fut telle que la terre s'entrouvrait partout, et rentre à Toulouse aux premiers jours d'automne. La guerre se rallume dans le comté de Foix entre les deux peulis de Catherine et de Jean de Foix et remplit les campagnes de troupes de meurtriers et de bandits qui s'avancent dans les plaines de la Ga. ronne. Toulouse n'avait alors pour se défendre, en temps de guerre, que des murailles de terre et de planches. Les capitouls voulant entourer de fortifications plus sûres leur ville, la plus grande du royaume après Paris, proposèrent au Parlement d'y bâtir une ceinture de murs de briques. Cette autorisation accordée, on se mit à l'œuvre et le conseiller Jean Seguier fut de ceux qui présidèrent â cette entreprise.
Le Parlement impose un traité de paix aux troupes qui se battaient dans le pays de Foix. L'Eglise avait ses troubles autant que les comtés et les seigneuries. Renaud
8a HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
de Bourbon, archevêque de Narbonne et bâtard de Charles !•', duc de Bourbon, d'une âme altière et d'une audace héréditaire dans sa famille, ne cessait de blesser et d*humilier son clergé. L'évêque de Nimes, Jean de Villequier, osa lui tenir tète et lui reprocha son orgueil ; pour toute réponse, l'archevêque le fit enfermer aux prisons de Montpellier, en lui mandant qu'il n'en sortirait que sur la promesse de se représenter à l'archevêché ou devant l' officiai, à la première réquisition. L'évêque s' étant soumis, le Parlement annula le serment de l'évêque et décréta de prise de corps l'archevêque de Narbonne et son complice Roger d'Espagne, seigneur de Nissan. On n'a pas d'autres détails sur cette a£faire ; les mémoires n'en disent qu'une chose, c'est que l'arrêt du Parlement fut cassé par un arrêt du Conseil du roi.
La cour du jeune roi n'était guère plus paisible que les provinces du Midi de la France. La faction du duc d'Orléans s'agitait autour du trône. Le comte de Comminges s'étant engagé dans ce parti, le Parlement mit le comté sous la main du roi et refusa d'enregistrer l'édit de Louis XI, qui avait donné ce comté à messire Odet d'Aidie, beau damoiseau, pour parler comme Bardin. L'évêque d'Albi et son frère, Georges d'Amboise, évêque de Montauban, qui devait être un jour un grand ministre, ayant pris couleur pour le duc d'Orléans, se virent dépouillés de leur temporel. Le sire d'Aibret ayant suivi leur exemple, un arrêt ne tarda pas à réunir le comté d'Eause et la ville de Fleurance à la couronne. Pour faire exécuter ces arrêts, des parlementaires montèrent à cheval et marchèrent à la tête des troupes royales. D'autres partirent pour le Comminges afin de