‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 40 sur 295 · CH. III. — LES SERMONAIRBS · texte numérisé non relu

CH. III. — LES SERMONAIRBS

Les sermonnaires bravaient aussi le Parlement du haut de leur chaire. Olivier Maillard, ce cordelier breton, docteur en théologie de la Faculté de Paris, ancien prédicateur de Louis XI et de Charles, duc de Bourgogne, qui allait, de ville en ville, prêchant ses sermons dans une langue familière, hardie et grossière, arriva à Toulouse et attira dans les églises le peuple séduit par le tour de son esprit audacieux et bouflFon. On le citait dans le royaume, en compagnie de Michel Menot et de Barlette, comme un des plus fougueux frondeurs des vices de la société de son temps.

Ses sermons roulaient presque toujours sur l'impureté et il mettait son langage en harmonie avec son sujet. Par un mouvement oratoire qui n'était* guère qu'à lui, il envoyait sans cesse son auditoire à tous les diables, et il 9*en prenait souvent aux avocats et aux magistrats.

Dans un sermon du jeudi de la seconde semaine d*un carême, il parlait ainsi aux femmes des avocats vêtues de robes garnies d'or : € Vous dites que vous « êtes vêtues suivant votre état : à tous les diables € votre état et vous-mêmes, mesdemoiselles ! Vous me « direz peut-être : Nos maris ne nous donnent point de « si belles robes, nous les gagnons de la peine de notre € corps. A trente mille diables, la peine de votre corps, « mesdemoiselles I » Je ne cite pas la partie de ce sermon, dont la grossièreté se voile de mots latins.

Une autre fois, il se raillait ainsi des avocats : € Dans « une ville de ce royaume, vivaient des avocats bons « amis et bons compères. Un bon homme vint trouver « l'un d'eux et lui dit : Maître, j'ai un procès et s'il vous « plaît, vous serez mon avocat. L'avocat répondit : Je

€ le veux bien. Deux heures après, Tautre partie, bien € plus riche que le bon homme, se présente et dit : Maî- « tre, j'ai un procès contre un paysan, je vous prie de « le plaider pour moi. L'avocat répondit : Je le veux « bien. Le jour de laudience, le pauvre paysan arrive « et dit à l'avocat: C'est aujourd'hui qu'on doit me « juger et s'il vous plaît, vous parlerez pour moi. — Mon € ami, répondit l'avocat, quand vous êtes déjà venu, € je n'ai pu vous entretenir de votre procès par suite de € mes nombreuses occupations, mais j'ai songé à votre € a£faire. Or, je ne puis être votre avocat parce que je < suis l'avocat de la partie adverse, mais je vous donne- € rai pour avocat im homme honnête auquel j'écrirai € à cet efifet. — Bien, mon maître, réplique le paysan, je € vous en rends grâces. Et il écrivit dans ces termes € à son compère : Mon compère, deux chapons gras « sont venus à moi, j'ai pris le plus gras et je vous € envoie l'autre.. Plumez-le de votre côté et de mon « côté, je plumerai le mien. N'agissez-vous pas ainsi, € Messieurs les avocats ? »

Olivier Maillard s'attaquait aussi aux usuriers et à leurs femmes, avec une violence qui descendait, selon ce qu'en a dit Voltaire, au dernier degré du burlesque, aux avares, aux séducteurs et parfois môme à l'abus des indulgences. Il lançait le trait acéré aux bourgeois qui louaient leurs maisons aux prostituées et il s'étonnait que leurs saints ne sortissent pas de leurs châsses, pour arracher les yeux aux ribaudes et aux ribauds. Il se complaît dans les récits qui touchent aux vices des hommes du palais et, dans ces sermons d'une obscénité singulière, il jetait à la face des magistrats qui l'écou-

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