‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 41 sur 295 · CH. III. — OLIVIER MAILLARD · texte numérisé non relu

CH. III. — OLIVIER MAILLARD

taient Tapologue brutal des cinq femmes de différents pays qu*un président cherche à séduire, en leur envoyant une bague. Quatre étaient de la province et la cinquième de Paris. Ce fut la parisienne qui prit la bague et se glissa la nuit chez le président.

Il s*attaqua plus ouvertement au Parlement de Toulouse et, dans un sermon prêché dans une église de la ville, il fit en traits saisissants un tableau des mauvais juges, plein d'allusions blessantes pour les parlementaires qu'il traitait de gros fourrés et qu'il envoyait, selon son usage, à tous les diables de l'enfer. Rabelais, en se moquant à son tour des hommes du palais, lui prendra cette expression de gros fourrés. Il oubliait que le Parlement venait de traduire à sa barre et de condamner, par un arrêt flétrissant, à loo livres d'amende un plaideur, le sieur de Panassac, pour avoir fait des offres de présents aux femmes des présidents et des conseillers.

Le Parlement s'assembla et décréta l'arrestation du cordelier, mais ne voulant pas agir avec trop de rigueur dans sa propre cause, il résolut d'en référer à l'archevêque et d'accepter d'avance sa décision. L'archevêque défendit à Maillard de remonter en chaire pendant quelques mois. Il s'inclina et, par esprit de pénitence, alla se jeter aux pieds de deux parlementaires qui s'étaient cru offensés. On a même raconté qu'il eut, dans son langage, tant d'entraînement et de force, qu'il toucha leur âme et que l'un d'eux renversé, comme l'apôtre sur le chemin de Damas, se démit de sa charge et déserta le palais pour entrer dans un couvent.

Quand il fut remonté dans sa chaire, Maillard voulut:

8*en prendre au roi lui-même ; mais Louis XI ne fit pas comme le Parlement de Toulouse et n'en référa pas à Tarchevêque, il Tinforma dédaigneusement que s'il concontinuait, il le ferait jeter dans la rivière. Cétait sa prompte manière de se rendre justice. Les flots de la Seine et de la Loire emportèrent, plus d'une fois, ses royales représailles et le peuple les laissait passer. Le cordelier désarma le roi par cette réplique hardie :

Louis XI est le maître, mais dites-lui qu'il me con- € vient autant d'aller au paradis par eau que par terre. 9 C'est en terre qu'il devait mourir dans une rue de Toulouse, en Tannée i5o2.

Le roi avait moins le souci des choses de la chaire et de la justice que de celles de la guerre. II était alors tourmenté de l'ambition de conquérir le royaume de Naples, illusion glorieuse à laquelle il sacrifia le Roussillon par un traité avec le roi d'Aragon. Le cordelier, Olivier Maillard, et saint François-de-Paule furent accusés de s'être vendus, à cette occasion, au roi d'Aragon au détriment du roi de France. On ne sait ce qu'il faut penser de cette accusation portée contre Olivier Maillard qui en a vu planer sur lui beaucoup d'autres restées légendaires. Mais c'est calomnier la mémoire de saint François-de-Paule que de l'associer à Olivier Maillard.

A toute heure le clergé se divise et se révolte : à Toulouse, le chapitre de l'église Saint-Etienne ayant élu pour achevêque le prévôt de cette église Pierre du Rozier, qui l'emporta sur Hector de Bourbon, évoque de Lavaur et bâtard du duc de Bourbon, les habitants de Toulouse se divisèrent en deux factions, comme les cha-

CH. III. — EMEUTES. — LA PESTE Ql

noines. La noblesse poussée par le pape Innocent VIII tenait pour Hector de Bourbon et la bourgeoisie et les écoles de l'université pour Pierre du Rozier. Il y eut des bulles d'excommunication et des appels comme d'abus. Les violences des deux factions prêtes à en venir aux mains obligèrent le Parlement à composer une chambre spécialement destinée à juger ces agitateurs. Le roi Charles VIII, étant alors à Lyon, envoya à Toulouse le juge ordinaire et le procureur de la sénéchaussée de Lyon avec mission de se joindre au Parlement et de lui donner ainsi une plus haute autorité Le Parlement mit le palais de Tarchevêque sous la main du roi, ordonna, sous peine de mort, aux gens de guerre de s'emparer du clergé de Saint*É tienne, d'empêcher les émeutiers de sonner le tocsin avec la grosse cloche de Cardaillac ou la cloche des Jacobins que sonnaient les écoliers, et aux capitouls de fermer les portes de la ville à tout étranger en armes. Ces mesures ne dissipèrent pas l'orage. Un nouvel arrêt ordonna aux capitouls de sommer les gentilshommes, à peine de perdre leurs privilèges, et aux écoliers de Tuniversité de laisser leurs harnais de guerre^ en entrant à Toulouse et de s'assembler en armes. L'agitation était si grande que le roi craignant de voir la justice impuissante à maîtriser ce tumulte et ces haines renvoya ces procès devant le Parlement de Bordeaux.

Tous les fléaux s'abattaient sur Toulouse : quand les émeutes cessaient, la peste reparaissait et désolait le pays. Elle vint alors du port d'Aigues-Mortes où l'apportaient les vaisseaux arrivant des échelles du Levant. Le Parlement alla siéger à Montpellier dans

Tété de 1498 ; la contagion Ten chassa trois mois après. Il partit pour Montauban, mais Montauban n*étant pas du Languedoc, le syndic des états, le procureur général et les capitouls s'opposèrent à cette émigration ; il rentra à Toulouse au milieu d'une population moitié "pestiférée et moitié fugitive, et rendit l'arrêt célèbre dans l'aifaire de l'affranchissement des francs fiefs des sénéchaussées de Toulouse et de Carcassonne rachetés, durant quarante ans, moyennant i5,ooo livres déjà payées à Louis XL

Le roi gagnait des batailles en Italie ; mais ces victoires alarmaient les Espagnols dont les bandes menaçaient nos frontières. Les troupes françaises, trop réduites pour leur fermer les passages des Pyrénées, campaient àNarbonne et arrêtaient les pillards qui débouchaient par le Roussillon. Le Parlement ne prenant conseil que du service du roi et des intérêts de l'Etat, manda les sénéchaux de Foix, de Bigorre et du Nébousan et leur confia la garde des montagnes. Il cassa ensuite, sur les réquisitions du procureur général, l'élection des capitouls et commit un président et deux conseillers pour procéder à une élection nouvelle avec la cour du sénéchal et le conseil de la ville.

Le premier président Lauret mourut au mois d'août 1495. Son nom se rattache à divers traités sur des questions de droit; ils ont été perdus et on me connaît que le titre d'un seul : De% cas auxquels le juge séculier peut mettre la main sur un prêtre, sans craindre d'encourir l'excommunication. Ce n'est pas sans surprise que le Parlement apprit la nomination de l'avocat général Jean Sarrat à la première présidence, au mépris des droits d'Antoine de

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