‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 44 sur 295 · CHAP. III. — PROCÈS DE GUILLAUME BRIÇONNET QQ · texte numérisé non relu

CHAP. III. — PROCÈS DE GUILLAUME BRIÇONNET QQ

aux souffrances de la famine. Un arrêt sauva les pauvres de la faim et de la mort, en leur donnant les revenus de rarchevêché, de la prévôté et du chapitre de Saint- Étienne et des prieurés de Saint-Pi erre-des-Cuisines, de la Daurade et de Saint-Jean de Malte. Le premier président, Jean Sarrat, suivi des capitouls, pénétra dans les greniei^ où des accapareurs et des usuriers entassaient les grains et les fit porter sur le marché public. Ils sauvèrent ainsi de la mort des millions de pauvres qui mendiaient le pain à la porte des églises et qui marchaient en troupe dans les rues, sur les places et aux carrefours.

Ni la peste ni la famine ne refroidissaient les ambitions humaines. Le palais retentissait des contestations de Guillaume Briçonnet, cardinal-archevêque et duc de Reims, qui briguait Tévêché de Nîmes et de Jean cardinal de Pérouse, qui revendiquait Tévêché de Carcassonne. Le père Lombard s*attriste au récit de ces procès et dit : < Ces sortes de causes cessaient d'être célèbres à € force d'être communes par le malheur des temps, et € les registres semblaient se couvrir à regret de procé- € dures et d'arrêts dont les vertus évangéliques n'au- < raient pas eu besoin. >

Les suites du démêlé de Bertrand de THôpital et du cardinal d'Albret, qui se disputaient aussi Tévêché de Comminges, allèrent plus loin. Les gentilshommes du comté de Comminges s' étant divisés en deux partis, le roi ordonna à des commissaires de se saisir, à main armée, de la ville de Saint-Bertrand. Le Parlement, connaissant les emportements et les violences de caractère des gentilshommes, se hâta d'envoyer, à son tour, le pro-

lOO HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE

cureur général vers les commissaires du roi, avec mission de les engager à surseoir et à s'armer de patience. Déjà, les gentilshommes s'étaient battus et le sang avait coulé dans les rues ; le procureur général n'apaisa ces cœurs farouches qu'en les menaçant de la prison et de la confiscation de leurs biens.

Les troupes espagnoles attendaient toujours aux frontières le moment de descendre dansles vallées françaises. Le Parlement en informa le roi, qui le remercia par une lettre écrite de Mâcon, au mois d'octobre i5o3, et lui confia le soin d'arrêter l'invasion et de fermer les passages des Pyrénées. Les Espagnols, n'osant pas franchir la vallée d'Aran, entrèrent par le Roussillon, pendant que leurs vaisseaux couraient la mer et tentaient une descente sur les côtes. L'invasion s'avançait sur Toulouse : le procureur général requit le Parlement de pourvoir à la sûreté de la ville et d'infirmer la dernière élection des capitouls, tous bourgeois et de professions pacifiques, afin de les remplacer par des hommes plus habiles au métier de la guerre. Des gentilshommes remplacèrent au Capitole les bourgeois. Les audiences souftVent de ces craintes de la guerre : on trouve sur les registres du Parlement, à la date du i3 novembre i5o3, cette annotation : € A cause de l'occupation de la guerre, la Cour € n'a pu faire lire les ordonnances concernant les prési- € dents, conseillers, etc., mais a parlé aux officiers sub- € alternes et aux capitouls pour donner des ordres, en € vue de la police, défense et garde de la ville. »

Le Parlement qui imposait ainsi ses décisions aux capitouls, leur enseignait, par son exemple, à observer les règles de la discipline et du travail. Les mercuriales

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CHAP. III. — NOUVEAUX MAGISTRATS AU PARLEMENT lOI

instituées par des édits de Charles VIII et de LouisXIIet ainsi nommées du jour du mercredi destiné à ces séances rappelaient aux magistrats les devoirs de leur charge. Ces mercuriales qui eurent lieu d'abord, tous les mercredis, furent plus tard remises aux quinzaines, puis aux mois, et enfin à des époques plus éloignées. Le Parlement de Toulouse avait déjà, entre toutes les compagnies judiciaires, cette grande renommée de savoir, d'austérité et de vertus qu'il a gardé à travers les siècles.

La première présidence devient vacante au mois de juin i5o3 par la mort de Jean Sarrat, qu'un chroniqueur de ce temps met au rang des plus illustres magistrats. Il laissait une tille aussi célèbre que lui, Florette Sarrat, dont la beauté et l'esprit lui valurent l'amitié db la reine Marguerite de Navarre et Tamour de Jean de Moncalm, son mari, d'une race ennoblie par la robe et par Tépée. Les vieux conseillers meurent et le Parlement répare ses pertes avec l'avocat général Nicolas de Saint- Pierre qui remplace Jean Sarrat à la première présidence, .Jean de Nicolaï, Jean de Selve ou de Selva, tour à tour conseiller à Toulouse, premier président des Parlements de Rouen, de Bordeaux et de Paris, ambassadeur en Italie, en Angleterre et en Espagne, Guillaume Benoit venu du Parlement de Bordeaux, maître des requêtes, et ayant enseigné le droit avec succès à l'Université de Cahors, tous d'une science éprouvée et d'une intégrité sans reproches. C'est que le Parlement se montrait difficile dans ses choix et ne recevait pas, sans examen, les magistrats dont les provisions émanaient du roi. Le conseiller Raymond Bérail l'apprit à ses dépens : le Parlement qui refusait de l'installer dut se courber devant

des lettres de jussion; mais, dans Texamen qu'il eut à subir et dans un rapport qu'on lui confia, son langage n'ayant pas révélé des connaissances suffisantes en droit, la Cour décida qu'il ne serait reçu qu'à l'expresse condition que, durant une année, < il serait seulement € accueilli au palais comme un simple et assidu specta-

< teur et sans pouvoir opiner, afin qu'il pût apprendre € à servir le roi et la chose publique, en son office, ainsi

< que de raison. >

Le choix des magistrats ne fut jamais ni plus éclairé ni moins exposé aux brigues et aux intrigues. Quand une charge devenait vacante, trente candidats arrivaient de toutes les provinces du royaume et les seigneurs, les courtisans et les grandes dames se mettaient en mouvement pour solliciter. Louis XII, par une fermeté inébranlable, mit fin à ces cabales qui affligeaient la conscience publique et portaient atteinte à l'honneur de la justice. Le Parlement, qui savait partout découvrir le mérite, appela à ces belles et pures années de la magistrature, Pierre de Nupces à un siège de conseiller où ses descendants se sont assis, après lui, pendant plus d'un siècle. Barthélémy Robin, qui succéda dans la charge d'avocat-général à Antoine Duprat, marchait à grands pas, d'année en année, dans la voie des dignités de l'Eglise et de l'État. Robin continua les tradition d'Antoine Duprat et ne manqua jamais de prêter son ministère, à l'audience, à toutes parties, dans les causes étrangères à la couronne. Le- savant d'Aufréry remplace à la présidence des enquêtes Guillaume Bardin mort en 1604, neveu du chroniqueur, et peut-être auteur lui-même de la chronique de Bardin, s'il faut en croire le père Lom-

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