CHAP. IV. — LES AUDIENCES MATINALES III
langage : « Ces hommes de guerre d'une haute qualité « et d*ime plus grande ignorance ne savaient pas les pre- « miers éléments du droit public qui sépare les juridic'- € tions et divise, ainsi que le dit Dutillet, la force et la «justice du roi par la crainte très prudente de les allier « ensemble. » Les Etats et le Parlement ayant résisté à cette usurpation, le roi, pour endormir ces disputes, laissa vacant le poste de gouverneur du Languedoc.
A cette année i5o6, les procès se renouvelaient et augmentaient de jour en jour ; le Parlement redoublant de zèle et d* efforts trouva dans un travail plus pénible et plus long, le secours qu*il attendait toujours de la création de nouvelles charges. Les heures des audiences furent plus régulières et les courtes absences plus sévèrement interdites. Le père Lombard le dit avec raison: « Cet « exemple du Parlement assemblé dès le grand matin,
< pourrait bien avoir influé sur l'éducation mâle et labo-
< rieuse de la jeunesse de Toulouse. » C'étaient là les temps héroïques de la magistrature et dont le souvenir restera comme un des glorieux souvenirs de notre histoire nationale. L'imagination ne revoit, à travers les siècles, qu'avec une respectueuse admiration ces existences graves et laborieuses s'écoulant silencieusement dans le travail et la retraite au milieu des bruits confus de leur société agitée.
Le Parlement s'imposa l'obligation d'être rendu au palais à cinq heures du matin en été, et à six heures en hiver, aux premiers sons d'une cloche que le prieur des carmes faisait sonner au clocher de son monastère. Les présidents et conseillers devaient obéir à ce signal sous peine d'amende, en cas de retard. Les audiences de
relevés leur étaient un délassement ; ils se reposaient ainsi d'un travail par un travail nouveau. En sortant du palais, les parlementaires retrouvaient leurs livres ouverts et se retrempaient aux eaux vives de la science des lois, des ordonnances et du droit public de la nation ; ils fuyaient les plaisirs du monde et ne cherchaient d'autre récompense à cette vie rude et vaillante que le respect attaché à la magistrature. Afin de ne pas mêler les brigues et les ambitions à leur vie de travail et de retraite, ils décidèrent qu'aucun d'eux ne pourrait être nommé capitoul. En signe de reconnaissance ils furent exemptés des tailles à titre d'indemnité et comme dédommagement de la modicité de leurs gages.
Ils eurent pourtant à toutes les époques de leur histoire, leur fierté jalouse qui se trahissait en querelles de préséance. Jean de Salât qui remplaça le président Humbert de Villeneuve, en mission à l'étranger par ordre du roi, prétendit avoir le titre et le rang de second président. Les gens du roi soutenaient que le rang des présidents à mortier devait être réglé par la date des réceptions. La dispute aurait longtemps duré sans la modération du président Jean de Morlhon, qui céda le pas à Jean de Salât et prit la troisième place, en réservant, un jour, tout droit à son successeur. Jean de Salât ne tarda pas à être remplacé par Pierre de Saint- André d'un esprit fin et habile aux négociations de la politique, qui ne fit que traverser le Parlement et que le roi mit à la tête d'un tribunal chargé de châtier les insultes faites à notre armée et les révoltes des Génois contre la France.
Le roi récompensa Pierre de Saint-André, en lui donnant la première présidence, à la mort de Nico-
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