‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 48 sur 295 · CHAP. IV. — LR PRÉSIDENT PIERRE DE SAINT-ANDRÉ II · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — LR PRÉSIDENT PIERRE DE SAINT-ANDRÉ II

las de Saint-Pierre, que les parlementaires appelaient chevalier rigide, observateur de la discipline du palais et doué de ce genre d'éloquence qui convient aux chefs des grandes compagnies judiciaires. Guillaume du Tornoër eut la place de président laissée par Pierre de Saint-André, qui ne prit possession de son siège qu'à son retour de Gônes, au mois de mai i5o8, avec une grande solennité. Ce n'est qu'en l'année i5o8 et au moment de cette installation que les présidents prirent à Toulouse la pourpre, l'hermine et le mortier que prenaient les rois en rendant eux-mômes la justice. A son retour de Gônes, Pierre de Saint- André, tout glorieux des services par lui rendus à la couronne en sa qualité de chancelier et de lieutenant du roi, se montra au Parlement en manteau à lambeaux, en chaperon fourré et en chapeau rond de velours noir, brodé d'or. Les autres présidents avaient le manteau, le chaperon fourré et le chapeau rond de velours. Les greffiers portaient le manteau et l'épitoge fourrés. Le doyen de la Cour eut la permission de porter le manteau et le mortier, sans le cercle d'or.

Le Parlement étendait sa sévérité redoutée sur les parlementaires eux-mêmes. Il n'entendait pas surtout qu'un magistrat manquât aux règles sacrées de la probité. Un jour, il reconnaît qu'un professeur de l'Université, qui venait d'être nommé conseiller clerc, avait commis un crime de faux couvert d'un voile mystérieux ; il met le crime en pleine lumière, et pour le châtier par une leçon qui ferait reculer à l'avenir les hommes indignes des charges de la justice, il casse la nomination de ce conseiller clerc, lui fait son procès et rend contre

lui un arrêt humiliant, dans une audience extraordinaire, toutes les chambres assemblées et le peuple encombrant le palais.

Un autre jour, le procureur général Arnaud Dufaur, ayant reçu dans sa maison un chanoine d'Auch, son ancien aumônier, décrété de prise de corps pour n'avoir pas obéi aux commandements de la justice, le Parlement, malgré les protestations de soumission du procureur général, lui donna pour prison le palais, avec défense d*en sortir, sous peine de cinquante marcs d'or et de suspension de son office, et injonction de faire représenter le chanoine et de payer cent francs d'amende destinés aux réparations du palais. Le premier président lui infligea ensuite une publique et sévère réprimande, en ayant soin de dire quelle s'adressait seulement à la fonction et non pas à la personne du procureur général dont le Parlement, selon les expressions du premier président, « n'entendait le bon nom, et renommée être ma- € culés ou diminués en icelui ». Un chroniqueur obscur du Languedoc a fait peser sur la tête d'Arnaud Dufaur une autre accusation flétrissante de faux ; rien ne prouve mieux sa mauvaise foi ou son erreur que les dernières paroles de cette réprimande qui sauvaient l'honneur de ce nom de Dufaur, un des plus anciens et des plus illustres de la magistrature française. On ne pouvait lui reprocher que son ardeur à remplir ses devoirs et son humeur vraiment guerrière et remuante qui l'entraînait sans cesse à parcourir toute la province. Pour calmer cette fougue, le Parlement, qui avait besoin de ses services, se vit obligé de lui défendre de sortir de Toulouse, sans permission expresse et à peine d'être suspendu de

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sa charge. Loin de le bannir, le Parlement le condamnait à ne pas se séparer d*une compagnie qui l'environnait d*affection et de respect.

La réception au Parlement du conseiller clerc Jean de Pins est saluée par le père Lombard comme une journée heureuse. Jean de Pins était d'une vieille et nol^le race de Toulouse, qui comptait, parmi de grandes illustrations, deux grands maîtres de Rhodes. Il avait étudié les belles lettres à Bologne, dans un temps où les arts de l'intelligence chassés de Constantinople par les Turcs, s'étaient réfugiés en Italie. Ce goût des lettres, apporté d'Italie par Jean de Pins, était encore une nouveauté en France et c'est à lui que commence à Toulouse le premier anneau de cette chaîne qui sera l'alliance de la magistrature et des lettres. Jean de Pins n'eut pas à se plaindre de ses succès littéraires. François I" allait bientôt le ramener en Italie et le nommer sénateur de Milan et ambassadeur à Rome et à Venise, où s'agitaient à la fois des questions de politique, de guerre et de poésie.

Tandis que Jean de Pins est à la recherche de livres précieux et curieux pour orner la bibliothèque de Fontainebleau, des questions personnelles, irritantes et amères se nouent et se dénouent au Parlement. Le maître des requêtes, Pierre de la Vernade, qui était venu exercer une commission relative à la charge de juge d'appeaux de Toulouse, éleva, un jour, brusquement la voix au Parlement, où les maîtres des requêtes avaient droit de siéger, pour enjoindre au conseiller Amé de Laubespine de poursuivre une information rentrant dans les attributions du juge d'appeaux. Le Parlement le fit aus-

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sitôt sortir de l*audience et l'emprisonna au Palais-Royal jusqu'à ce qu'il eût rétracté son langage hautain et offensant envers la justice. L'affaire en resta là ; Pierre de la Vernade s'en prit ensuite au Parlement, mais il eut peur de la prison dont on le menaçait encore. Le conseiller de Laubespine n'écouta pas ses réclamations; il disait gaîment de la Vernade : « ce n'est qu'un écolier turbulent. »

Le Parlement, consulté souvent par le roi, confie au savant d'Aufréry, président des enquêtes, le soin d'écrire au souverain et de lui rappeler la défense des maximes de l'église gallicane et des droits de la couronne contre les entreprises du pape Jules II, ligué avec les Vénitiens el s'armant contre la France, au mépris du. traité de Cambrai. Toutes les fois que le grand Conseil empiétait sur sa juridiction par des évocations, il s'en plaignait durement à la couronne et aux Etats et n'entendait pas que les habitants de la province fussent remués, comme on le disait alors, en juridiction étrangère. Une de ces évocations amena tout un embrasement.

Gaston de Lomagne avait un procès auquel se rattachaient le domaine de la couronne et les privilèges de la province. Le procureur général et le syndic du Languedoc intervinrent dans l'instance ; Gaston de Lomagne, seigneur du Clos, à la faveur d'une évocation qu'il avait obtenue, fit transporter la cause, du Parlement au grand Conseil. Loin de s'en dessaisir, le Parlement se hâta de rendre son arrêt et le grand Conseil, blessé par cet acte de résistance, décréta d'ajournement l'avocat général Barthélémy Robin. La Cour lui défendit de se rendre au grand Conseil et ordonna l'arrestation des envoyés té-

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