‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 49 sur 295 · CHAP. IV. — PROCÈS DE GASTON DE LOMAGNE 1 I · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — PROCÈS DE GASTON DE LOMAGNE 1 I

méraires qui porteraient ces sentences. Il adressa ensuite des remontrances au roi et des plaintes au chancelier de France.

Le lendemain, un sergent accompagné d'un valet de Lomagne ayant signifié le décret d'ajournement à l'avocat général, le Parlement rendit contre eux et contre Gaston de Lomagne un arrêt de prise de corps, au moment où le sergent se préparait à porter de pareils exploits à d'autres membres de la Cour. Lomagne prit la fuite, mais le sergent et le valet furent arrêtés et condamnés à faire amende honorable à la grand'chambre, à genoux, tête nue, une torche à la main à demander pardon à Dieu, au roi et à la Cour et à payer deux cents livres d'amende au roi. Le grand Conseil, soutenu par le chancelier, cassa les arrêts du Parlement et un de ses huissiers renouvela à l'avocat général l'assignation de comparaître au jour marqué. Il en coûta la liberté à cet huissier. Un autre huissier, expédié par le grand Conseil pour le mettre en liberté, fut arrêté à son tour.

Le Parlement renouvela, de son côté, ses remontrances et envoya au roi une députation composée du premier président de Saint-André, du troisième président Accurse Maynier et de deux conseillers. Ces remontrances, écrites par d'Aufréry, ont deux parties, l'une historique et embrassant les annales et les prérogatives du Parlement de Toulouse, l'autre approuvant les mesures prises à cette occasion et contenant des récriminations contre le chancelier Jean de Ganay. Les députés venaient de partir lorsque le roi, qui songea un instant à envoyer à Toulouse le maréchal de la Trémouille avec une compagnie d'archers pour exécuter ses ordres,

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transmit au Parlement Tordre d'élargir les deux huissiers etrinforma qu'il ne recevrait ses députés qu'après sa soumission à l'arrêt d'évocation au grand Conseil. On rendit aussitôt les huissiers à la liberté ; mais les députés, déjà en chemin, répondirent au roi : « Sire, puis- « qu'il vous plaît que nous nous en retournions, sans « être par vous ouïs, nous vous obéirons ; mais pour « nouï% acquitter de la fidélité que nous vous devons, « vous avertissons que la dite ordonnance faite par les « gens de votre conseil est contre votre autorité et sou- « veraineté. > En même temps, des lettres de cachet furent expédiées aux députés en route vers Paris pour les obliger à revenir sur leurs pas. Ils reprirent le chemin de Toulouse, en écrivant au roi une lettre oe douleur et de soumission où perçait leur ferme résolution de porter bientôt leurs libres doléances au pied du trône.

Le maître des requêtes du grand Conseil, Adam Fumée, suivait de près les députés. Toutes les chambres s'assemblèrent pour le recevoir le 22 janvier i5ii. Six archers de la garde du roi l'escortaient, l'épée au côté et la hallebarde au poing; il les laissa entre les deux portes de la grand' chambre, se plaça au bas siège du parquet, salua la Cour et, les portes closes, il déclara que sa mission n'était pas de faire exécuter l'arrêt du grand Conseil, en faveur de Gaston de Lomagne, mais de faire entendre à la Cour certaines parole^ qu'il ne pouvait prononcer, sans avoir auprès de lui les six archers de la garde et le procureur du roi spécialement institué pour cette affaire. Il ajouta que, n'étant que l'interprète des volontés du souverain, il ne serait pas maître d'à-

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doucir son langage, malgré son regret de blesser la Cour.

Le Parlement lit sortir le maître des requêtes, délibéra et lui proposa deux voies de conciliation, la première de s'expliquer devant les archers, les présidents et les conseillers désignés à cet effet, et la seconde d'exposer le but de sa commission, sans admettre les archers, avec la liberté d'introduire le nombre des secrétaires qu'il lui conviendrait d'amener. Le maître des requêtes opposa un refus complet à ces deux propositions. La Cour répliqua que son respect pour les comxnandements de Sa Majesté était sans bornes, mais que des archers et des hallebardiers seraient un spectacle étrange dans le palais de la justice du roi, « où nul € harnais ne doit entrer », où le roi lui-même est censé résider. Le maître des requêtes répondit : « Sa Majesté € veut qu'ils y entrent ; elle avait d'abord résolu de les € faire asseoir en audience publique, sur les hauts siè- € ges ; j'ai été assez heureux d'obtenir qu'elle se relà- « chat sur ces deux articles. »

Le Parlement cherchant à ajourner l'exécution de ces ordres, le maître des requêtes le menaça de l'arrivée du seigneur de la Trémouille et de cinq cents archers pour le mettre à la raison. Le Parlement reprit sa délibération et allait consentir à l'entrée des archers, lorsque Jean de Morlhon, conseiller clerc et prieur de la Daurade, se retira brusquement en s'écriant que c'était là une chose contre Dieu et conscience. On revint aux opinions et il fut décidé qu'on exhorterait le maître des requêtes à ne rien exiger au delà de ce que la compagnie lui avait proposé. Adam Fumée déclara qu'il ne

dépendait pas de lui de rien changer aux ordres du roi et, pour trancher ce différend, il prit prétexte de rumeurs qui grondaient au dehors, se leva, courut à la porte, introduisit le procureur de la commission avec les six archers qui se rangèrent, la hallebarde à la main autour du parquet. Alors élevant la voix, il prononça, au nom du roi, une harangue menaçante et altière qui censurait la conduite du Parlement, le blâmait de dépenser Targent de TÉtat pour des frais d'une députation qui mécontentait le souverain, et enjoignait à la Cour, sous peine d'être atteinte et convaincue du crime de lèsemajesté, d'obéir désormais aux évocations qu'il plairait au roi d'ordonner, en ajoutant qu'au lieu de punir le Parlement ainsi qu ii l'aurait pu faire, le roi aimait mieux, malgré ce mauvais exemple donné par des magistrats touchant des gages à des gentilshommes qui n'en recevaient pas, se montrer doux et humain.

La harangue finie, le maître des requêtes et les archers sortirent pour laisser le Parlement délibérer en liberté. Dès que la délibération fut terminée, les parlementaires rentrèrent à la grànd'chambre et le premier président prenant la parole dit que les membres de la Cour seraient toujours les fidèles sujets du roi et que, s'il avait plu au roi d'écouter ses députés, il aurait pu se convaincre que le Parlement n'avait jamais eu d'autre but que l'amour des règles, le maintien de l'autorité de la couronne et la gloire de la justice violés et méconnus par le grand Conseil. Il déclara aussi que le grief reproché au Parlement de s'être servi, pour les frais de la députation, des fonds de l'Etat, était mensonger, bien que le Parlement eût le droit d'User de ces

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