‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 53 sur 295 · CHAP. V. — ARRÊTS CONTRE LE ROI DE NAVARRE I2S · texte numérisé non relu

CHAP. V. — ARRÊTS CONTRE LE ROI DE NAVARRE I2S

réforme du rôle des taxes sans leur approbation. Les funérailles célébrées en Fhonneur de la reine Anne de Bretagne qui venait de mourir, firent, un moment, diversion à ces rumeurs. La misère publique n'empêcha pas le don des draps d'or et de velours à l'offrande, pendant la funèbre cérémonie ; pour éviter les reproches du peuple, la Cour décida que ces offrandes seraient apportées par le célérier de Téglise. Tous les offi«ciers du Parlement allèrent à cheval, du palais à la cathédrale, précédés par cent quarante pauvres habillés à leurs frais et une torche à la main, suivis des greffiers, des avocats et des procureurs, tous à cheval.

On retrouve encore, à ces époques lointaines, des traces du gouvernement féodal et de ces inféodations qui étaient un véritable démembrement de la justice royale. Le Parlement, qui venait d'abolir les restes de l'indépendance des comtés de Foix, de Comminges et de Lauraguais, ea en affranchissant les actions de justice royale de la formalité du parealiSy eut plus de peine à éteindre les prétentions du Béarn. Jean d'Albret, roi de Navarre et vicomte de Béarn, ayant fait juger le baron de Coaraze, le Parlement saisi de l'appel et sans tenir compte des plaintes de Jean d'Albret à Louis XII, condamna le roi et la reine de Navarre à 5,ooo livres d'amende envers le roi de France, pour avoir brûlé le château de Coaraze et à 1,000 livres de dommages envers le baron de Coaraze déclaré, par le môme arrêt, exempt de la juridiction du Béarn.

Une année après, le procureur général fit assigner, par le roi d'armes, Michel Gilles, le roi et la reine de Navarre, en ouverture de fief et pour voir déclarer au Par-

lementi la vicomte de Béam confisquée au profit du roi de France, faute de lui avoir rendu hommage. Le roi ni la reine n'ayant point comparu, le Parlement ordonna la confiscation ; mais il était plus facile de rendre de pareils arrêts que de les faire exécuter. Un président et un conseiller de la Cour s'étant acheminés vers le Béarn n'osèrent pas dépasser Tarbes, de peur d'encourir de terribles représailles. Les juges de Pau opposaient au Parlement son inconxpétence ; un second arrêt, confirmant le premier, mit sous les mains du roi de France toutes les terres et seigneuries du roi et de la reine de Navarre. La reine Catherine se tourna alors vers le roi Ferdinand d'Aragon et lui demanda secours. Ce roi ambitieux et félon qui ne songeait qu'à s'emparer de la Navarre, entra dans ce royaume, à main armée, et en chassa Jean d'Albret et la reine Catherine qui se réfugièrent en France. Louis XII touché de leur infortune et de leurs plaintes contre le Parlement de Toulouse, mit en arbitrage les prétentions du Béarn et la décision du Parlement. Les arbitres de Louis XII étaient Poncher, évêque de Pans, et La Vernade, maître des requêtes ; ceux du roi et de la reine de Navarre étaient le bâtard d'Albret et le baron de Lansac. Ce fut un procès en règle, plaidé à Blois devant ces arbitres par Jean de Nogerolle, procureur général du Parlement de Toulouse, successeur d'Arnaud Dufaur, et par Pées de Fondeyres, procureur général en Béarn. Ce dernier qui soutenait que LouisXI, passant par le Béarn, en allant en Aragon, avait commandé à son grand écuyer de baisser l'épée, comme on le fait en entrant dans un royaume étranger, gagna son procès. Les arbitres donnèrent tort au Parlement,

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