CHAP. VI. — CRIMES D^HÉRÉSIE. — SUPPLICES
« tiea joyeux entre les crochets des bourreaux ces
< tristes et consolants spectacles excitaient quelques « troubles, non seulement de Fâme des simples, mais « des plus grands..., autres en avaient compassion.... »
Ce serait s'égarer de croire que la tolérance a pénétré en France sans combats et sans secousses. La réforme ne prit pas racine en un jour dans le royaume. Dans cette lutte ardente qui s'engage entre les deux religions, les deux cuites se frappent, se renversent et se relèvent Catholiques et protestants détestent Vhérésie et veulent l'arracher des âmes par le fer et par le feu. Chaque parti voyait Thérésie dans la foi et la croyance du parti contraire. Ces hommes du seizième siècle ne comprenaient pas encore la tolérance que Théodore de Bèze, en sectaire forcené, traitait de vertu diabolique et que les parlementaires regardaient, de leur côté, comme une source de sacrilèges et de ruine sociale. La mort violente leur semblait le grand moyen d'en finir. Partout, on versait le sang, on dressait les gibets, on attisait les bûchers, à Paris, à Genève ou à Toulouse. Entre ces combattants, c'était une guerre sans trêve ni merci.
Les novateurs du seizième siècle, plus fiers et plus hardis à Toulouse que dans les autres villes du royaume, se heurteront à un Parlement d'airain, le plus fidèle à ses croyances et le plus inexorable des Parlements de France. Jean Cadurce, de Limoux, clerc et bachelier en droit, est brûlé vif en place du Salin, et Théodore de Bèze en fera un martyr, et lui mettra aux lèvres ce langage, en plein Parlement : c O palais d'iniquité ! ô siège d'injustice !» Jean Boîssonet, professeur en droit civil, prêtre, ami de Coras, d'Etienne Doiet et dp Clément Marot, célèbre
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par son esprit et sa science et par ses poésies couronnées aux jeux floraux, plus heureux et moins intrépide que Cadurce, échappera au supplice par son abjuration sur un échafaud de la place Saint-Étienne, vêtu d*une robe grise, la tête nue et rasée, aux bruits sonores de la cloche de Cardaillac et devant l'inquisition assise au pied de Téchafaud. Il n'en remonta pas moins dans sa chaire de l'université, qu'il abandonna ensuite, pour devenir conseiller au Parlement de Chambéry. Deux autres professeurs de l'université, Mathieu Pac et 'italien Othon, n'évitèrent que par la fuite la peine du feu ou l'humiliation d'une abjuration. Vingt autres expirèrent, le même jour, sur le bûcher ou s'humilièrent, par des pénitences publiques, comme les cordeliers de NuptiisetFlavien. Calvin et Clément Marot se cachèrent à Nérac où la reine Marguerite, sœur du roi, tenait sa cour. Ils y retrouvèrent Gérard Roussel, abbé de Clairac, qui cachait mal ses doctrines protestantes sous les formes catholiques, et Lefèvred'Etaples, parleur adroit et insinuant. Tous les sectaires, réfugiés en pays étrangers ou cachés en France, étaient ajournés, par un cri public, à comparaître dans les trois jours ou à être brûlés en effigie. Les historiens des églises calvinistes gémissaient et protestaient; mais ils ne savaient pas trouver, alors, dans notre langue, ces coups de foudre où éclatent les saintes colères.
C'est dans cette ville où s'étaient abattues la guerre, la famine, la peste et les effrayantes sentences de l'inquisition et du Parlement, que le roi fit son entrée le !•' août de Tannée i533. La ville appauvrie et n'osant pas augmenter la détresse et la tristesse publiques par
CHAP. VI. — ENTRÉE DU ROI FRANÇOIS l" A TOULOUSE 169
une levée d'impôts emprunta au Parlement, sous la caution des plus riches bourgeois, une somme de 12,000 livres déposée au greffe et destinée aux hôpitaux, afin de recevoir magnifiquement le roi. Antoine Duprat, pour mieux étaler ses dignités de chancelier de France, d'archevêque de Sens, de cardinal et légat du Saint-Siège, avait voulu entrer, aux derniers jours de juillet, dans cette cité où, au rapport de Rebuffe, un ange lui était apparu sous la forme d'un vieillard et avait annoncé à cet obscur avocat général du Parlement, ses prochaines grandeurs. Il reçut les honneurs déjà rendus au grand maître de France, Anne de Montmorency, gouverneur de la province : la Cour alla au-devant de lui, les présidents en robe rouge et les conseillers en robe noire. La pourpre et le mortier furent réservés à l'entrée de la reine et du Dauphin. L'entrée du roi eut la beauté des fêtes royales; il arriva un matin de 3alma, précédé du grand maître de Montmorency et du grand écuyer portant l'épée royale, avec son cortège de pages, d'étendards, de capitaines et d'ambassadeurs, saluant sur son passage, d'arc de triomphe en arc de triomphe, la longue haie des princes, des cardinaux, des membres du Parlement et de l'université, des capitouls à genoux en lui parlant, des évêques, des religieux, des viguiers, des sénéchaux, des gentilhommes et des bourgeois, des écoliers et du peuple, au bruit des fifres, des tambours et des trompettes, de la porte Arnaud-Bernard à l'église Saint-Etienne. Il était en habit d'écarlate brodé d'or, avec le collier de Tordre, sur un cheval bardé d'un réseau de fil d'or et sous un dais de velours bleu, aux armes de France mêlées aux salamandres. Le Parlement avait le
manteau, la robe rouge et le chaperon fourré. Il semblait, en voyant ces robes et ces manteaux de pourpre et de satin et ces pourpoints de damas et de velours, que la misère de la ville se fût enfuie devant le roi. Au fond, tous étaient pauvres, et le roi puisa largement dans la bourse du conseiller Maignan en oubliant, au Louvre ou à Fontainebleau, de lui rendre son argent qui ne devait lui être restitué que par ordre de Henri IL Mais à cette entrée royale, tout était joie et les misères de la ville semblèrent s'éloigner.
Le 4 août, François I" tint au Parlement un lit de justice. Le chancelier de France arriva au palais à huit heures du matin et quelques instants après, le roi précédé de quatre présidents qui Tattendaient sur les marches de la grande porte, monta à son fauteuil de velours placé devant un dais, et ordonna aux évéques et aux seigneurs n'ayant pas droit de séance de sortir de la grand'chambre. Le premier président n'avait pas quitté son siège ; à Ventrée du roi, il se leva et salua en s'inclinant et en ôtant le mortier. Près du roi se placèrent le dauphin, le duc d'Orléans, le duc d'Angoulëme, le roi de Navarre, MM. de Vendôme, de Nevers, de Lorraine, de Montmorency et les cardinaux Duprat et de Lorraine. Le roi harangua la Cour avec un étonnant mélange de clarté et de noblesse sur les devoirs des magistrats. Le premier président, aj'-ant obtenu la permission de répondre, parla surtout de l'emploi des amendes ordonné par le Parlement. Le roi en exprima son contentement et approuva ces mesures d'ordre et de sage équité. Il se plaça ensuite sous le dais pour tenir l'audience, ayant à sa droite le dauphin et à quelque distance du dauphin,