‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 62 sur 295 · CHAP. VI. — LA RENAISSANCE A TOULOUSE I7I · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — LA RENAISSANCE A TOULOUSE I7I

les ducs d'Orléans et d'Angoulême, le roi de Navarre, les ducs de Vendôme, de Nevers, de Lorraine, et le sire de Montmorency, gouverneur de la province ; à sa gauche, le cardinal Duprat, le cardinal de Lorraine et Jean d'Orléansi archevêque de Toulouse, le premier président, de Minut, les trois autres présidents, deux maîtres de requêtes et Poyet, avocat général au Parlement de Paris et conseiller au conseil privé du roi. Aux pieds du trône était assis Antoine de Rochechouart, sénéchal de Toulouse et chambellan de Sa Majesté, un bâton à la main ; aux bas sièges, du côté des princes, se tenaient Jacques de Genouilbac, grand écuyer de France, et deux chevaliers de Tordre, et de l'autre côté, Tarchevêque de Bordeaux, révêque de Lisieux, grand aumônier de France, les évêques de Mirepoix, de* Montauban, de Commînges, de Pamiers, de Mâcon, de Lombez et de Lecto re, les présidents des enquêtes, les conseillers, les gens du roi du Parlement de Toulouse, et quelques conseillers du Grand Conseil, tous en robe rouge. Le Parlement avait admis à siéger et à opiner avec lui les conseillers du Parlement de Bordeaux et du Grand Conseil. Les portes étant ouvertes, on plaida la présentation des lettres royales obtenues par Gilbert de Lévis, comte de Ventadour, contre Jean de Lévis, seigneur de Château- Morand, qui se disputaient l'héritage du comte de Villars de la maison de Lévis. L'arrêt prononcé, séance tenante, termina cette cérémonie royale.

Ce roi, souriant et brave, en quittant son armure de Marignan et de Pavie toute faussée par le feu des arquebuses et les coups de pique, était un parleur charmant, d'une grâce légère et d'un esprit ébloui par les rayons

de la renaissance qui s'était levée, comme une aube merveilleuse, sur les villes d'Italie. Après son traité de Cambrai appelé le Traité des dames, il eut le vif souci de réveiller, par le libre essor des sciences, des arts et de la poésie, le long et pesant sommeil de la France. On croit entendre, à ces journées radieuses, après le triste silence de la nuit, le chant matinal de Talouette. Tout n'était pas perdu : la France, vaincue à Pavie, était conquérante par l'esprit. Les fêtes de l'intelligence la consolaient de ses défaites et des corruptions de la cour. Ce grand mouvement de la renaissance ne pouvait s'arrêter à Paris et s'enfermer dans ses étroites murailles. Partout où passait ce roi dont sa sœur, la reine Marguerite, avait dit qu'en terre il était comme au ciel le soleil, les lettres pâlissantes refleurissaient et brillaient de tout l'éclat de ce diamant immortel qui grava, aux croisées de Chambord,des vers dignes d'un petit-fils de Charles d'Orléans. C'est le temps où Ulrich de Hutten poussait ce cri charmant : « O siècle, les études fleurissent, tout germe, < tout fleurit et tout chante ; c'est unejoie que de vivre! » Le roi ne laissa pas à Toulouse des traces stériles de son passage; il autorisa les professeurs de l'université à conférer, à l'imitation des chevaliers bannerets, le titre de chevalier es lois aux étudiants les plus laborieux et les plus instruits ; les maîtres, après vingt ans de régence, recevaient les honneurs de la chevalerie et le premier qui le reçut fut le toulousain Biaise Auriol, ami de Mellin de Saint-Gelais, un des plus vifs esprits de larenaissance, canoniste et poète, que Bodin a confondu avec un président du Parlement et dont la candeur et la naïveté étaient si grandes, qu'il fit construire une barque sur laquelle

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