‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 63 sur 295 · CHAP. VI. — ÉMEUTES DES ÉCOLIERS · texte numérisé non relu

CHAP. VI. — ÉMEUTES DES ÉCOLIERS

il espérait se sauver d'un second déluge annoncé par les prédications de ce temps. On lui donna Tépée, la ceinture, le baudrier, les éperons dorés, le collier et Fanneau où était un cachet gravé à ses armes, comme il convenait à ce qu'on appelait alors la milice littéraire. On le loua surtout d'être le premier du nom de Biaise qui avait su écrire éloquemment en français. A un siècle de distance, quand Biaise Pascal écrira les Provinciales, on ne songera guère à la gloire littéraire de Biaise Auriol.

La joie et Tardeur des écoliers aux travaux de l'université ne les préservaient pas des émeutes ; on les retrouve en révoltes toujours renouvelées contre la police. Le roi venait à peine de sortir de Toulouse, qu'ils prirent les armes pour forcer les capitouls à relever les professeurs de l'université de la taxe sur eux imposée pour les fcais de l'entrée du roi et des princes. Les capitouls procédèrent à des saisies, Tuniversité ferma ses écoles, le Parlement obligea les professeurs à reprendre leurs leçons, en renvoyant leurs prétentions au jugement du soxiverain et défendit aux écoliers de se rassembler et de s'armer, à peine de perdre la vie. Il ne s'écoulait pas d'année où le Parlement n'eût à se mêler de la discipline de l'université et à mettre un frein à la licence et à la dépravation des mœurs de cette jeunesse passionnée et toujours grondante. Un de ces écoliers, blasphémateur impénitent et hautain, fut brûlé vif. Le Parlement enjoignit au grand vicaire de retenir les clercs dans des liens plus austères et de les remettre dans les voies délaissées de l'église et des saints canons.

L'entrée du roi à Toulouse avait donné aux évêques et aux seigneurs le goût de ces fêtes qui plaisaient au

peuple ; il est vrai que le peuple les payait. Le cardinal de Gramont, successeur du cardinal Jean d'Orléans à rarchevêché de Toulouse, en prenant possession de son église, fit son entrée solennelle; mais le Parlement n'y assista qu'en robes noires. Trois semaines après, les portes de sa basilique s'ouvraient pour ses funérailles. Le roi de Navarre et la reine Marguerite entrent à leur tour à Toulouse et le Parlement paraît au cortège en robes rouges. Le roi de Navarre alla siéger à laudience, selon le cérémonial réglé par les chambres assemblées qui placèrent les seigneurs de la cour du roi sur les hauts sièges. Les mécontents, les attristés, les sages, surtout les sages, se plaignaient de ces folles réjouissances, dont l'argent aurait si bien servi à secourir la misère de la province. Charles-Quint, toujours à cheval et l'arme au poing, envahissait brusquement la Provence et se préparait à franchir le Rhône et à marcher sur Toulouse, pendant que François P' traînait, sous les ombrages jaunissants de Fontainebleau, ses dernières et mélancoliques années atteintes aux sources de la vie. Les alarmes se réveillèrent au Parlement et au Capitole ; on compta les hommes en état de se battre : ils étaient trente-cinq mille. Le Parlement, à l'automne de i536, ne prit pas de vacances et défendit aux femmes et aux filles des parlementaires l'usage des bijoux, des bagues, des chaînes et des carcans d'or, la plus élégante parure des dames toulousaines. Le président Bertrandi, à peine revenu des Etats tenus au Pont-Saint-Esprit, partit, comme commissaire du roi, pour demander des secours d'argent aux Etats assemblés à Montpellier. Ces Etats imposèrent le Languedoc pour une somme de 842,800

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livres, sur celle de 4,000,000 imposée au royaume Le premier président de Minut, seigneur et baron de Castera, meurt avant l'âge, aussi bon chevalier en droit qu'en belles-lettres et beaux-arls, pour parler comme répitaphe composée par Pévêque de Carpentras qui lui donnait aussi le surnom de père de l'éloquence, en ajoutant ces mots : < Il trépassa le 5 novembre i536 ; que

< Dieu lui fasse merci à lui et à Catherine Souhault son

< épouse, de cœur gentil. Oh! qu'il eut d'amour et de

< zèle pour la vérité et l'avancement des belles-lettres ! » Les savants de son temps, qu'il attirait dans sa maison, lui ont souvent dédié leurs œuvres, et Etienne Dolet, qui lui devait la vie, a vanté sa grandeur d'âme, ses vertus austères et son indépendance. N'est-ce pas le premier président de Minut qui abaissa ainsi l'orgueil d'un grand seigneur, en plein Parlement, à la grand'chambre : « La Cour ordonne que présentement, vous irez quérir

< le salut, qu'entrant vous devez à cette compagnie et le-

< quel vous avez oublié derrière la porte. »

Le père Lombard s'est mépris, en disant de lui qu'il avait écrit un livre ingénieux- sur la beauté, divisé en discours et suivi d'un panégyrique, avec une dédicace à Catherine de Médicis, et intitulé la Paulégraphîe ou le portrait de la belle Paule, de cette Paule de Viguier célèbre par sa beauté et à laquelle le Parlement, par un arrêt qui n'exista jamais que dans l'imagination des chroniqueurs, aurait ordonné de se montrer, deux fois par semaine, à la foule pressée sous les croisées de son hôtel. Il a même, au front, un pli sévère, en parlant de cette œuvre légère: < Il s'en faut bien, dit-il, que la pudeur et la « décence eussent remis leur pinceau aux mains du pein-

< tre. » C'est un fils du premier président, Gabriel de Minut, épris de la belle Paule, et non le premier président qui écrivit cette œuvre frivole que la mort Tempêcha de publier. Sa sœur, Charlotte de Minut, abbesse des religieuses de Sainte-Claire ne voulut pas la laisser dans Tombre et la dédia elle-même à Catherine de Médicis.

La ride s'efface quand le père Lombard atteste, avec plus de vérité, qu'à cette époque où les discours de rentrée, à la Saint-Martin d*hiver, s'écrivaient en langue latine, le premier président de Minut passait pour un latiniste des plus érudits. On a conservé son portrait à la chambre dorée de la Cour de Toulouse : c'est une pâle et fine figure, amaigrie par le travail et les souffrances, un peu raide, allongée par une barbe grise taillée en pointe et se profilant hardiment sur un fond noir dans sa robe rouge et son manteau hermine.

L'ancien conseiller Jean de Pins, évoque de Rieux, revient de ses ambassades pour suivre le premier président dans la tombe. La gloire littéraire de Jean de Pins est sans tache et Louis le Roy a vanté, dans le plus pur latin, la douceur, la bonté et l'élégante érudition de cet ami d'Érasme et de Sadolet et des lettrés illustres de son temps. La mort l'empêcha de voir achever un édifice superbe élevé, à ses frais, en l'honneur des muses. C'est ainsi que, de siècle en siècle et de génération en génération, la magistrature fait alliance avec les lettres et donne asile aux savants pauvres et aux poètes errants. Pierre Bunel, grand latiniste et bel esprit, ne vivait que des libéralités du président Dufaur, et l'italien Phorchrisius abrita sa vieillesse indigente dans la maison hospitalière du président Bertrandi.

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