CHAP. VII, — REDOUBLEMENT DE RIGUEURS
bien des capitouls excommuniés, chaque semaine, dans les églises de Toulouse, pour n'avoir pas payé, à Téchéance, les dettes contractées au nom de la ville. Les Parlements de Paris et de Toulouse ne voyaient pas les choses à la même lumière : à Paris, l'inquisiteur s'en prenait à celui qui demeurait quinze années dans les liens de l'excommunication sans payer ses créanciers ; à Toulouse, les prêtres furent obligés, par arrêt, d'absoudre les débiteurs excommuniés pour dettes, à peine de la saisie du temporel. Quelques riches excommuniés, insoucieux des absolutions, y furent contraints par la saisie de leurs biens. Toutes ces coutumes étranges furent emportées par l'ordonnance de Villers-Cotterets. Quelques jours après, le Parlement enregistra l'ordonnance royale sur l'abréviation des procès.
Les discordes religieuses et les luttes ardentes des villes du midi ne s'apaisaient pas avec une ordonnance royale. La sénéchaussée de Beaucaire travaillée par des déchirements intérieurs gémissait et comptait ses plaies en invoquant la justice. Le roi ordonna au Parlement d'aller tenir les grands jours à Nîmes : ce sont les premiers que le Parlement ait tenus. Les parlementaires qui se détachèrent de la Cour pour aller à Nîmes étaient le premier président Jean de Mansencal, et les douze conseillers, Jean Robert, Pierre de la Garde, Jean Bosquet, Jean de THospital, François de Nupces, Guillaume de la Mamie, Antoine de Paulo, Jean d'Aussonne, Odet Daries, Guillaume de Durfort, Arnaud de Saint-Pierre^ et Guérin d'Alzon, sorti du Parlement de Paris, ancien vice-président du Sénat érigé à Turin par François P% et dont un des ancêtres avait été grand maître de Saint-
igO HISTOIRE DU PARLEMENT DE TOULOUSE
Jean de Jérusalem. Deux conseillers clercs devaient se joindre à eux ; mais le roi raya cette clause des lettres patentes. Le traitement de ces magistrats, pendant les grands jours, était de 5 livres par jour pour le premier président et de 3 livres lo sols pour chaque conseiller, de même que pour les gens du roi. En cette année 1640, le capitoul Jean de Cavaignes entra, comme conseiller, au Parlement.
On crut un moment que le premier président, affaibli par la maladie, ne pourrait pas faire le voyage. Sur sa demande, la Cour autorisa les parlementaires des grands jours de Nîmes à choisir leur président. Ils choisirent,
à son retour des Etats de Lavaur, en qualité de commissaire du roi, le chevalier Pierre Dufaur, père du célèbre Dufaur de Pibrac et président depuis Tannée i538. Le premier président, revenu à la santé, se mit en route avec les parlementaires. L'effroi les devança, à la nouvelle que le roi leur donnait pouvoir de décider en dernier ressort, non seulement des procès civils et criminels mais encore des procès de religion cpour extirper cette « malheureuse secte luthérienne». En arrivant à Nîmes, la ville fit des présents de vin, de bois, de torches et de boîtes de dragées au premier président; elle offrit aux conseillers du gibier, du bois et du vin. Les consuls avaient fait orner, à Tévôché, une salle d'audience, où les grands jours commencèrent le i5 septembre 1641 et finirent le dernier jour d'octobre. L'arrêt le plus important fut Tarret qui autorisa le grand vicaire de Tévêque de Nîmes à procéder à la réformation de trois monastères. L'oubli de la règle y avait laissé pénétrer les doctrines luthériennes; à Beaucaire surtout, la réforme était