‹ Histoire du Parlement de Toulouse (volume 2)Chapitre 68 sur 295 · CHAP. VII. — FIÈRE RÉPONSE DU PRÉSIDENT AU ROI IQQ · texte numérisé non relu

CHAP. VII. — FIÈRE RÉPONSE DU PRÉSIDENT AU ROI IQQ

nonce. Cet arrêt qui vengeait Thonneur de Claude de Bellièvre, condamnait les états duDauphiné à 10,000 livres de dommages envers lui et à une amende de pareille somme envers le roi, < à cause de la faute et indue € poursuite des Etats ».

Les nouvelles attristantes de la guerre n'éteignaient pas le désordre des mœurs publiques. Les cabarets s'ouvraient à toutes les dibauches ; le Parlement les fit fermer et renouvela les peines édictées contre les blasphémateurs. Des scélérats ayant empoisonné des puits et des fontaines furent condamnés à t'tre étouffés. La ville continuait à se fortifier en cas de guerre, mais le traité de Crespi où le roi renonçait à ses conquêtes d'Italie ramena la paix. En apportant ce traité au Parlement, les gens du roi, pour plaire au Dauphin, protestèrent contre les cessions ruineuses signées par le souverain ; le Parlement, sans écouter ces doléances, enregistra le traité.

C'est d'Italie qu'arriva alors le nouveau gouverneur du Languedoc, François de Bourbon, duc d'Enghien, qui venait de gagner la bataille de CérisoUes et qui avait au front les deux rayons de la jeunesse et de la gloire. Le roi ayant mandé au premier président de se rendre audevant du prince le jour de son entrée, le premier président lui adressa cette fière réponse :

« Je suis prêt à remplir tous mes devoirs vis-à-vis de € votre Jtfajesté et des princes du sang. Mais je ne sau- « rais oublier qu'un des premiers attributs de la royauté € est la justice, que je suis son premier représentant et «que je ne puis ni ne dois m'abaisser que devant < Dieu et devant votre Majesté. J'attendrai donc au

« Palais, entouré des officiers de votre Parlement, le < prince; il y sera reçu avec respect, mais avec dignité. € Sa nomination au poste éminent auquel l'appelle votre * Majesté sera enregistrée avec joie. Mais, je dois au « rang que j'occupe et à la justice qui émane de votre € Majesté, de ne déroger à aucune des traditions qui font « les force des rois, je veux dire le respect de la justice. >

La famine entrait, en même temps, dans les sénéchaussées de Toulouse, de Carcassonne, d'Armagnac et du Quercy. Le Parlement autorise ies consuls à taxer les fortunes de ces contrées ravagées par le fléau, enjoint aux bénéficiers de pourvoir à la subsistance des pauvres et fixe le prix des grains, ce qui parut aux États une atteinte portée à leurs droits. Il ne laissa la pleine liberté du commerce des grains qu'à la ville de Toulouse où se réfugiaient des troupes de mendiants chassés des campagnes par la faim. Il y eut môme un arrêt qui fixa à un plus haut prix les blés portés à Toulouse. Les voleurs suivaient de près les mendiants ; ils reçurent des châtiments qui les effrayèrent et les chassèrent de la province : un vaste échafaud roulant où se dressaient dix-huit potences auxquelles étaient suspendus dix-huit cadavres fut traîné dans les rues des dixhuit quartiers de la ville. Les voleurs inondèrent le palais et détroussaient les plaideurs dans les salles d'audiences et au greffe. On donna compétence à la Chambre des requêtes pour les punir et, sur la plainte d'un procureur, un coupeur de bourse fut pendu à l'ormeau du Palais.

La peste revenait avec la famine. La ville essaya de fléchir la colère divine en supprimant les amusements publics. La célébration même des jeux floraux était com-

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