CHAP. VII. — LES JEUX FLORAUX 20 I
prise dans cette défense des plaisirs profanes quand elle concourait avec une grande fête de Téglise. A ces fêtes aimables du gai savoir où Ronsard, Baïf et Maynard avaient cueilli des fleurs d'or ou d'argent, les chanceliers et les présidents de Clémence Isaure étaient pris parmi les magistrats du Parlement. S'il faut en croire le père Lombard, ces fêtes se célébraient avec plus de bruit que de profit pour les lettres et il aurait voulu que le roi, en rajeunissant les traditions de cette compagnie littéraire eût rayé de ses fêtes le festin public des poètes couronnés et des mainteneurs.
Le roi François !•' ne songeait guère aux mainteneurs des jeux floraux. La mort s'acheminait vers le château de Rambouillet, au travers des adorables élégances de la Cour de France, et attendait son heure pour entrer. Le roi avait rendu de grands services à la justice du royaume, et le Parlement de Toulouse, plus que les autres Parlements de France, devait regretter la sagesse de ses édits et la large bienveillance de son esprit et de son cœur. Il regarda toujours, comme deux rameaux du même arbre, les deux Parlements de Paris et de Toulouse. N'est-ce pas lui qui mit, au même rang, les gagés de leurs premiers présidents recevant 4 livres 12 sols parisis par jour, 10 livres par an pour les manteaux, 2 livres i3 sols par jour pendant les vacances et de plus une pension annuelle de 5oo livrés, ce qui faisait une somme de 1,800 livres; il donna 1,200 livres par an aux autres présidents, en augmentant aussi les gages des conseillers de la chambre criminelle. Il semble qu'avant de mourir son âme eût une lueur de ces clartés immortelles que Dieu laisse briller
parfois aux yeux des rois qui vont se coucher dans la tombe. Sa conscience s'alarma de toutes ces charges créées dans les Parlements, afin de battre monnaie et de payer les frais de ses guerres. Par son édit de Moulins de 1546, il ordonna la suppression de tous les offices de présidents, maîtres des requêtes, conseillers aux Parlements de Paris, de Toulouse, de Bordeaux, de Rouen, de Grenoble et d'Aix institués à son avènement à la couronne. Le grand air de ce règne est tout entier dans le naïf et orgueilleux préambule de cet édit et de quelques ordonnances royales : c Attendu que nos vouloirs ne peuvent être que justes, bons et raisonnables >. Ce roi, chevalier de la guerrre et des lettres, monté sur le trône à Tàge de vingt-un ans, mourut le dernier jour du mois de mars 1647. Les salamandres de son blason passant au milieu des flammes, sans en être atteintes, ne le préservèrent pas des ardentes passions qui consumèrent sa vie. Jamais armes ne furent moins parlantes. La mort ne lui permit pas de voir l'exécution de sa royale et dernière volonté. La ville de Toulouse célébra, en son honneur, de magnifiques funérailles auxquelles le Parlement assista en robes rouges, les Parlements ne portant pas le deuil des rois, en vertu de cette belle maxime de notre droit public, que le roi ne meurt jamais en France.