CHAPITRE VIII
Le Château-Narbonnais. — Ses ruines. — Mur d'enceinte. — Le palais. — Les chambres du palais. — Les greffes. — La buvette. — La table de marbre. — La salle des procureurs. — La salle des huissiers. — Les boutiques du Palais. — La tour de l'Aigle. — Le parquet des gens du roi. — Les enquêtes. — Le plafond du palais d'Hercule. — La conciergerie. — La vierge du palais. — La Recluse du palais. — Délabrement du palais. — Un rêve du premier président EAimanuel de Cambon.
Ce n'est pas se détourner de Thistoire des parlementaires que de relever de ses débris le palais où ils rendaient la justice. Le vieux palais où siégeait le Parlement de Toulouse était ce Château-Narbonnais dont l'origine est enveloppée de nuages. A quel siècle remontaient ses tours, ses toits gothiques, ses escaliers tournants, ses colonnes corinthiennes, ses passages étroits, ses salles basses à petites croisées grillées et ses murailles lézardées qui s'écroulèrent sous la main de Nicolas Bachelier ? Sous la poussière de ses ruines, les historiens n'ont jamais retrouvé la vraie date de sa fondation. Est-elle de ces époques lointaines où les Carthaginois traversèrent cette contrée des Gaules ? Est-elle de la conquête romaine ou des rois Visigoths? Il n'y a que saint Grégoire de Tours qui en ait parlé autrefois : Vetuslissimam esse turrim a parte Castri Narbonensis. Il s'est ainsi borné à en attester l'antiquité.
Ses deux grosses tours, l'une au midi, l'autre au nord,
et ses quatre portails à large voûte étaient bien de construction romaine, et c'est par une main romaine qu'avaient été sculptées des colonnes et des statues enfouies pendant la guerre des Albigeois et découvertes au quinzième siècle. Catel, qui les avait vues, disait : € Nous pouvons remarquer, tant par la structure de ce € bâtiment qui était bâti de grands quartiers de pierre € cramponnés avec des lames de fer et de plomb, que par € son portail présenté par Noguier en son histoire, et les € statues que j*ai vu tirer de ce bâtiment parfaitement € bien taillées, que ce palais a été bâti par les Romains. »
Si Catel a dit vrai, l'origine de ce château doit remonter aux années de la construction des anciens remparts de brique formant l'enceinte de la ville sous la domination romaine et dont le poète Ausone a ainsi parlé :
€ Je ne t'oublierai jamais, ô Toulouse, ville où j'ai été € élevé. Une vaste enceinte de murs de briques te presse € et la Garonne baigne un des côtés de tes remparts. >
Ce Chàteau-Narbonnais, sombre et haute forteresse des comtes de Toulouse, situé à une extrémité de la ville du côté du midi, comprenait tout Tespace occupé plus tard par l'enceinte et l'enclos du palais, la sénéchaussée, la conciergerie et la prison des Hauts-Murats. Les gouverneurs romains en firent, les premiers, leur palais ; les ducs d'Aquitaine s'en emparèrent et aux ducs d'Aquitaine succédèrent les comtes de Toulouse : Pala" lium comitis. TolosanL
De ce château, le comte Raymond de Saint-Gilles était parti pour aller à la croisade, et c'est dans sa cha* pelle que se célébrèrent les noces du comte Raymond V et de la princesse Constance, sœur du roi Louis le Jeune.