CHAP. VIII. — LE CHATEAU-NARBONNAIS
Sous les lambris de sa plus haute salle, le comte de Comminges rendit hommage au comte Raymond VII et, par ses portes voûtées, étaient passés le duc d* Anjou, frère du roi Charles V, les rois Louis le Jeune, Philippe le Hardi, Philippe le Bel, et Charles VI qui fit couvrir de bouquets.de fleurs et de guirlandes les murs du château de la base au faîte, le jour où il reçut Tbommage de Graston Phœbus et de la noblesse du comté de Foix. Mais aux entrées de Charles VIII, de Louis XI et de François I*^ ces vieilles murailles croulantes disparaissaient déjà sous les ronces ; le Châteàu-Narbonnais n'était plus la brillante hôtellerie des princes voyageurs qui allaient, en ce temps-là, demander asile à la sénéchaussée ou à la trésorerie.
Au temps de la guerre de Albigeois, un comte, après un assaut meurtrier, abattit les plus hautes tours du château pourempêcher SimondeMontfortde s*y établir. Simon de Montfort lui répondit en rasant les fortifications de la ville ; il n'épargna que le Château-Narbonnais où il s'enferma, en y mettant bonne garnison. La chronique languedocienne sur la guerre des Albigeois Ta dit en son langage : c Exceptât lo castel Narbounes, « en loqual le dit Mountfort se tendra et demorara. >
Pendant les guerres ou les pestes, on ne songeait guère à embellir et à rajeunir le palais de justice. Pourtant, Alphonse de Poitiers, comte de Toulouse, et la comtesse Jeanne, sa femme, relevèrent les murs de leur vieux palais auquel ils annexèrent le cimetière des juifs. On ne commença que sous Louis XI à édifier la chambre dorée qui ne devait être terminée que sous Charles VIII.
Au quinzième siècle, la partie du château réservée autrefois aux comtes s'eflfondrant de jour en jour, un arrê^ du Parlement, basé d'ailleurs sur un édit de Henri II, ordonna à Nicolas Bachelier, « maître maçon et tailleur de pierres >, de la démolir de fond en comble. Il ne resta plus que la partie donnée par les rois au Parlement et qui déjà avait pris le nom de palais royal, ainsi qu'on le trouve dans les arrêts : In palatio regio nostro Tolosœ, En i53i, ce palais royal tombait presque en ruines. Par lettres patentes données à Chenonceaux, François P' accorda, sur les amendes, 6,000 livres destinées aux travaux de réparation. Henri II et Charles [X allaient confirmer par leurs édits ces lettres patentes. Les lettres patentes du roi Henri II du 21 juin 1649 s'exprimaient ainsi :
€ Après avoir été averti de la ruine en laquelle était le € palais de notre ville de Toulouse, désirant obvier à € l'entière démolition d'icelui, qui se trouve tant vieil et € caduc, qu'il ne s'en attend d'heure à autre qu'une pro- € chaîne ruine, de sorte qu'il faut entièrement démolir € l'édifice du palais pour le réédifier tout à neuf, savoir € faisons et permettons aux gens de notre cour qu ils € puissent faire démolir et abattre ce qui reste en ruine € et réédifier et rétablir à neuf le palais, pour lacommo- € dite, aisance et décoration dudit palais. Pour cet effet, € ils pourront employer toutes les amendes qui nous se- € ront adjugées par la Cour et, durant la reconstruction, € la Cour tiendra ses audiences dans la maison de la tré- « sorerie de Toulouse. »
En i56i, un arrêt du Parlement confirme à son tour ces lettres patentes et confie à Dominique Bachelier et